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Violences en RDC : Beni, une ville non "bénie"?

Publié le Mardi 26 Novembre 2019
Violences en RDC : Beni, une ville non "bénie"?

Les habitants de Beni n’en peuvent plus et le font savoir de façon violente. Après une nouvelle tuerie, qui a fait huit morts dans la nuit de dimanche à lundi, ils ont en effet passé leur colère sur un bâtiment de la mairie, partiellement réduit en cendres, ainsi que sur une unité de la Mission des Nations unies au Congo (MONUSCO).

Déjà le samedi 23 novembre, deux manifestants ont été tués et deux autres sérieusement blessés au cours de la dispersion d’un rassemblement contre les massacres qui n’en finissent pas dans ce territoire de l’est de la RDC. Au total, ce serait une bonne soixantaine de personnes qui auraient été abattues par les Forces démocratiques alliées (ADF), ces rebelles ougandais islamistes opposés au président Yoweri Museveni qui ont mis sous leur coupe l’est de la RDC depuis 2014, y semant la mort comme de  nombreux autres groupes armés partout ailleurs dans le pays.

Mais à Beni, une ville qui n’est « Beni » que de nom (entre Ebola et les ADF), la coupe de l’insécurité est plus que pleine dans ce qui semble être la plaie inguérissable de la RDC. Une plaie d’autant plus difficile à guérir que les FRDC et la MONUSCO ont vraisemblablement du mal à travailler en équipe pour éradiquer le fléau.

Bouc émissaire idéal ou pas, la MONUSCO a été de tout temps critiquée, accusée à la fois de léthargie, d’incompétence, quand, aux yeux de certains, ce ne sont pas tout bonnement de simples touristes en armes, hélas plus habiles à la braguette qu’à la gâchette, et régulièrement éclaboussés par de nombreux scandales sexuels, impliquant parfois des mineurs.

On peut donc comprendre l’effet repoussoir que suscite la plus importante des missions onusiennes de maintien de la paix dans le monde avec ses 16 000 militaires, son millier de policiers et ses 4000 membres du personnel civil. Des chiffres en réalité dérisoires si on les rapporte à la superficie de ce pays-continent de 2,345 millions de km carrés, sans compter que l’essentiel de cette force est massé dans la partie orientale, adossée à des pays comme  le Rwanda et  l’Ouganda qui ne facilitent pas, il est vrai, les choses.

Un rapport officiel des Nations unies préconisait d’ailleurs le retrait des Casques bleus déployés au Congo dans un délai de trois ans. Ça tombe bien, c’est exactement ce que pense de plus en plus une majorité de Congolais, même s’il y a  fort à parier que leur départ ne suffira pas, comme par un tour de magie, à  transformer la RDC en un havre de paix.  Les forces armées nationales étant aussi de leur côté manifestement incapables d’enrayer la spirale de la violence, que ce soit à Beni, dans le Kivu, le Kasaï ou  dans l’Ituri.

Pourtant, il faudra bien que le président Félix Tshisekedi  trouve rapidement une solution au mal qui ronge son pays depuis des années, sous peine de se parjurer, puisque non seulement le règlement de l’insécurité endémique faisait partie de ses promesses électorales mais  surtout  il avait, on se souvient, réservé sa première tournée à l’intérieur de la RDC aux villes de l’est, notamment Beni. « Nous allons déployer ici de nouvelles unités en renfort et du matériel militaire afin d’en finir une fois pour toutes avec les ADF », avait assuré alors le chef de l’Etat. Sept mois après cette déclaration, les habitants de Beni attendent toujours de voir.

Après l’éruption de la violence de ces derniers jours, Fatshi a certes promis de futures opérations conjointes entre les FRDC et la MONUSCO pour résorber le lancinant problème de coordination entre les deux entités. Mais dans l’état actuel des choses, on est bien curieux de savoir à quel résultat palpable peut aboutir une telle décision qui relève peut-être plus de l’effet d’annonce que d’autre chose.

Hugues Richard Sama

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