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Rentrée littéraire 2018 : Dix sept ans d’Eric Fottorino

Publié le Jeudi 16 Août 2018
Rentrée littéraire 2018 : Dix sept ans d’Eric Fottorino

On pourrait lui rabâcher : " Raconte pas ta vie". Mais Eric Fottorino continue inlassablement, avec talent et sensibilité. Il nous ouvre son album aux photos jaunies. Vous connaissiez l’histoire de ses deux pères, de sa mère absente, de sa naissance à Nice, de cette enfance qui s’éternise, de ces racines qui se perdent (la Rochelle, Maroc côté Fez, Tunisie)? Si vous avez lu « Baisers de Cinéma », « l’Homme qui m’aimait tout bas », « Rochelle », « Caresses de Rouge », « Korsakov », rien de tout cela ne sera étranger. Fottorino enfonce le clou et recommence. Une oeuvre, c’est cela. Ou comme la cuisine chinoise, disait Woody Allen : " il y a trois cent plats, ils ont tous le même goût". Pourtant, soyons justes, tout ce que raconte Fottorino nous touche. Qu’il parle du Monde et ses mésaventures (« Mon tour du Monde« ), de Tombouctou et de l’Afrique (« Besoin d’Afrique », avec Erik Orsenna, jadis), de vélo, du tour de France, il sonne juste, écrit sobre, joue sa petite musique de chambre avec une efficacité rare. « Dix-Sept ans« , son petit dernier, renvoie à sa veine autobiographie déguisée, même si les noms sont un peu transformé (Fottorino devient Signorelli, Maurice, le père juif marocain, s’appelle Moshé), mais tout est limpide, se lit en filigrane. Cette mère absente/présente qui eut une fille mystérieuse, abandonnée, disparue, enceinte trop jeune. L’auteur/le narrateur part à sa recherche. Elle a dix sept ans, vit à Nice. On lit Henri Troyat et Paul Guimard. Eté 1960: ce Nice-là, avec la promenade des Anglais, les rues transversales, les palmiers, la mer, la nostalgie, confrontée à la ville d’aujourd’hui meurtrie par la camion fou du 14 juillet, vous a un fort parfum modianesque. Fottorino poursuit une jeunesse: celle de sa mère. Lina Labrie, 75 ans qui va perdre sa mémoire. Mais la retrouve. Avec ses dix-sept ans, grâce à son fils aimant.

Dix sept ans, d’Eric Fottorino (Gallimard, 263 pages, 20,50 €).

Gilles Pudlowski

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