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RDC : Martin Fayulu n’est pas Etienne Tshisekedi

Publié le Dimanche 20 Janvier 2019
RDC : Martin Fayulu n’est pas Etienne Tshisekedi

Le 20 janvier 2012, il y a 7 ans jour pour jour, Etienne Thsisekedi qui avait refusé la victoire attribuée par la Ceni à Joseph Kabila, annonçait qu’il allait former son propre gouvernement après s’être auto-proclamé président de la République démocratique du Congo.

Ce jour-là, un vendredi, Etienne Tshisekedi s’était adressé à quelques journalistes dans sa propriété de Limete (quartier de Kinshasa) alors que de nombreux autres avaient été empêchés d’entrer dans la parcelle de l’opposant par les forces de l’ordre. Face aux médias, quelque peu fatigué mais combatif, le vieil homme annonçait qu’il allait former un gouvernement « la semaine prochaine » et qu’il prévoyait « un recensement général de la population avant des élections locales et ensuite nationales ».Etienne Tshisekedi justifiait alors sa position par le rejet des résultats de l’élection présidentielle du 28 novembre 2011. Un scrutin qui le classait deuxième derrière le chef de l’Etat sortant Joseph Kabila. Dans la foulée, Etienne  Tshisekedi annonçait qu’il considérait « nulles les élections législatives » qui s’étaient tenues en même temps et dont les résultats n’étaient pas encore connus.

A l’époque, l’opposant dénonçait de nombreuses irrégularités lors de ces élections. Des irrégularités soulevées aussi par des missions d’observations nationales et internationales mais aussi par l’Eglise catholique. D’autres opposants, dont le président du Sénat Leon Kengo Wa Dondo, avaient proposé une table ronde pour tenter de mettre les acteurs politiques autour de la table. Une proposition immédiatement rejetée par Etienne Tshisekedi.

Ce qui a changé

Evidemment, les similitudes sont nombreuses entre la situation d’Etienne Tshisekedi en 2012 et celles de Martin Fayulu en 2019, mais les différences sont aussi de taille. Première différence essentielle : Martin Fayulu n’est pas le candidat d’un parti mais d’une plateforme électorale (Lamuka) dont le pré carré ne se limite pas à quelques provinces mais est installé dans l’ensemble du pays. Son poids est donc bien plus important que celui d’Etienne Tshisekedi qui n’était pas parvenu à former des alliances avec d’autes opposants qui comptent (le mariage avec Vital Kamerhe, évoqué un temps, n’a jamais pu se concrétiser). Ensuite, en 2011, l’Eglise catholique avait été plus timorée pour faire valoir les résultats qu’elle avait obtenus et qui démontraient que Joseph Kabila n’était peut-être pas le lauréat de ce scrutin.

Pourquoi ce changement de position? Essentiellement parce que la victoire de Martin Fayulu est écrasante. Ses deux principaux concurrents (Félix Tshisekedi et Emmanuel Ramazani) mis ensemble sont encore bien loin derrière lui. Une avance qui démontre la popularité du candidat mais, surtout, le rejet massif des deux autres camps. Un rejet qui, si ces deux camps devaient malgré tout se retrouver associés au pouvoir, pourrait être la cause d’une explosion de violence crainte par tout un sous-continent. Ensuite, l’Eglise catholique ne veut pas prendre le risque d’apparaître comme complice du pouvoir. Certains lui ont reproché son silence ou en tout cas son manque de détermination à faire entendre la voix des urnes en 2011, d’autres critiques se sont jointes à ce mouvement en décembre 2016 lors des accords de la Saint-Sylvestre, signés sous l’égide des évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), qui ont permis à Joseph Kabila de gagner finalement deux ans à la tête de l’Etat en toute inconstitutionnalité. Les évêques catholiques avaient donc promis qu’on ne les y reprendrait plus.

La peur d’un continent

Le poids électoral du candidat de Lamuka, porté par sa popularité mais aussi par des parrains qui comptent en RDC et dans la région (Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba ou Mbusa Nyamwisi)  et les chiffres scientifiquement démontrés par l’Eglise catholique et d’autres observateurs ont contraint les voisins de la RDC à bouger.

Force  est de reconnaître que certains acteurs de cette pièce régionale ne sont pas des parangons de vertu ou de démocratie. Mais tous ont compris le risque que faisait courir ce passage en force du pouvoir face au rejet massif du peuple congolais. Qui plus est, l’attelage qui se prépare à gouverner le pays semble bien bancal avec un président drapé de ses oripeaux et un pouvoir législatif entièrement entre les mains du clan kabiliste malgré la défaite à la présidentielle. Comment expliquer dans les provinces, que les élus sont les gens les plus rejetés.

L’Union africaine a frappé du poing sur la table jeudi 17 janvier en expliquant ses « doutes » sur les résultats annoncés des élections et en appelant la justice congolaise à suspendre la proclamation des résultats. Elle a clairement démontré ainsi que Kinshasa avait franchi une ligne rouge qui mettait en danger la stabilité de tout un continent.

En 2011, Etienne Tshisekedi n’avait pas introduit de recours contre les décision de la Ceni. Fayulu, lui, l’a fait et a permis de démontrer ainsi son sens de la légalité et a poussé, dans le même temps, la Cour constitutionnelle a apparaître comme un organe pour le moins… peu indépendant. Il a ainsi démontré que tout recours est impossible face à un pouvoir qui se moque d’un peuple, manipule les urnes et la justice.

Ce 20 janvier 2019, Martin Fayulu a marché dans les pas d’Etienne Tshisekedi en affirmant qu’il se présentait comme le vrai président élu, mais la démarche n’a pas le même goût parce que le président Kabila, quoi qu’il arrive ne sera plus à la tête du pays demain. Et ça, c’est une autre différence essentielle.

Hubert Leclercq - La Libre.Be 

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