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RDC : Dispersion et fin de la manifestation de Martin Fayulu

Publié le Mercredi 14 Octobre 2020
RDC : Dispersion et fin de la manifestation de Martin Fayulu

La police de Kinshasa a dispersé à coups de gaz lacrymogènes, mercredi matin, la marche « pour l’unité nationale et l’intégrité territoriale » organisée par l’opposant Martin Fayulu, considéré comme le véritable vainqueur de la présidentielle de décembre 2018. Elle avait été interdite par le gouverneur de la ville-province, Gentily Ngobila (kabiliste).

Martin Fayulu est un homme frustré. D’abord par la frauduleuse confiscation de sa victoire électorale de 2018 (attestée par des comptages parallèles de l’Eglise et d’ONG, les résultats détaillés du vote n’ayant jamais été rendus publics par la Commission électorale nationale indépendante) au profit d’un accord secret Joseph Kabila-Félix Tshisekedi, faisant du second le chef de l’Etat en échange d’une « majorité » dans les assemblées nationale et provinciales pour le premier. Ensuite par la constatation que l’audience du bouillant Kinois se réduit à ses seuls partisans, alors que le vote anti-Kabila qui l’avait porté en tête des résultats de la présidentielle en 2018 lui avait donné l’illusion d’être l’homme le plus populaire du pays. Martin Fayulu pédale donc pour se hisser à nouveau au sommet.

La peur des Congolais

Depuis 2019, il le fait en surfant sur la peur des Congolais d’être dépouillés de leurs richesses – même si, dans leur majorité, ils n’y ont pas accès – dénonçant la « balkanisation » du pays par « les Rwandais ». Cette balkanisation n’existe pas et ne pourrait exister que si des provinces congolaises frontalières du Rwanda – le Nord- et le Sud-Kivu – en préparaient le projet, ce qui n’est pas le cas. Sans compter que la communauté internationale ne le permettrait pas.

Mais rien n’y fait: la faiblesse du Congo face à l’armée du Rwanda (100 fois plus petit) lors de confrontations passées a traumatisé les Congolais, qui voient dans les Tutsis congolais d’autres « Rwandais », même si chacune des neuf frontières de leur pays scinde des ethnies, pas seulement celle des Kivus.

Minembwe devient une commune

Depuis peu, un tollé a été soulevé dans l’opinion congolaise par l’élévation au statut de commune de Minembwe (Sud-Kivu), village des hauts-plateaux difficile d’accès, où vivent principalement des pasteurs banyamulenge (Tutsis congolais, très minoritaires dans la province), à l’occasion de l’installation de son bourgmestre – un Munyamulenge (singulier de Banyamulenge) – en présence de diverses autorités nationales et régionales, militaires et civiles. C’est le seul bourgmestre de cette ethnie dans le pays. « C’est le moment de se battre pour défendre le pays », a cependant assuré Martin Fayulu en appelant à manifester à Kinshasa ce mercredi. La décision du président Tshisekedi, soumis à de fortes pressions internes, de suspendre l’élévation de Minembwe au statut de commune ne l’a pas découragé et il a maintenu son mot d’ordre, malgré l’interdiction du cortège. Peut-être le fait que M. Fayulu assure depuis ce 12 octobre la présidence tournante de la plateforme d’opposition Lamuka (qui l’avait soutenu à la présidentielle) joue-t-elle un rôle dans cette obstination: le politicien y a-t-il vu un moyen de se projeter à nouveau sur le devant de la scène?

Pneus crevés

Mercredi matin, en tout cas, le cortège des partisans de l’Ecidé, le parti de Martin Fayulu – qui rassemblait entre « plusieurs centaines » et « plusieurs milliers » de personnes, selon les sources – a été rapidement entravé par la police. Celle-ci a crevé trois des quatre pneux du véhicule du politicien. Fidèle à sa réputation de colérique, celui-ci s’est lancé dans un bras de fer verbal avec la police, exigeant qu’elle lui remplace ses pneus crevés. Cela fut fait une heure et demie plus tard. Entretemps, les policiers avaient achevé de disperser la manifestation à coups de gaz lacrymogènes. M. Fayulu n’avait plus qu’à rentrer chez lui, dans le quartier huppé de la Gombe.

Du côté des manifestants, on dénonce « des blessés ». La Libre Afrique n’avait pas encore de confirmation de ce point dans l’après-midi.

Source : La Libre.Be (Une analyse de Marie-France Cros)

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