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RCA-Livre : les Centrafricains ne seraient-ils que l’allégorie de « Sisyphe » et de « l’Âne du Buridan » ?

Publié le Lundi 12 Juillet 2021
RCA-Livre : les Centrafricains ne seraient-ils que l’allégorie de « Sisyphe » et de « l’Âne du Buridan » ?

Etabli en France, Victor Bissengue depuis plusieurs décennies, n'a pas pour autant délaissé son pays d’origine comme objet d'études, le Centrafrique. Dans son dernier livre, Les maux de la République centrafricaine (L’Harmattan), constat sans appel d’un pays comateux ou sous respiration artificielle, cri de colère contre la démission de l’élite centrafricaine, l’un des contributeurs de cette somme d’analyses et d’échanges des dix dernières années, le philosophe Gaston Mackouzangba, convoque le mythe de Sysiphe et celui de l’Âne du Buridan », pour parler des Centrafricains, incapables selon lui, de sortir des ténèbres.   

Pour Albert Camus, « il faut imaginer Sisyphe heureux », dans la mesure où il a accepté et reconnu l’absurdité de sa tâche, de sa condition, le fait de faire rouler un rocher jusqu’au point culminant d’une colline, rocher qui redescendait inlassablement à chaque fois qu’il s’approchait du sommet. Sinon comment comprendre que les Centrafricains dans leur majorité tournent en rond, marchent à reculons depuis des décennies ?  « Un pays immensément riche et pauvre. Un Empereur couronné en plein milieu de 20 ème au nom du « retour à la tradition africaine ». Le massacre éhonté d’écoliers innocents. Un coup d’Etat aéroporté avec un président parachuté. Une opposition qui refuse de reconnaître la légitimité démocratique d’un « président démocratiquement élu ». Un président élu qui passe le pouvoir à un Général. Un Général qui confisque les libertés démocratiques. L’émergence d’un tribalisme corrosif et pernicieux. Un gouvernement incapable de payer des salaires aux fonctionnaires. Un nouveau président élu qui s’autoproclame « sauveur » et Moïse de Centrafrique. Un pays qui sombre de nouveau dans le tribalisme et le chaos. Des arriérés de salaires qui s’accumulent. Des coups d’Etat et mutineries à la chaîne. La violence comme mode de gouvernement. Des exécutions sommaires comme forme de justice. L’exil intérieur et extérieur comme forme de liberté. Un peuple divisé, une armée divisée, une élite politique et intellectuelle divisée. Un pays qui se meurt sous nos yeux. » (Page 49)  

Et l’auteur de cette succession de phrases nominales qui résument parfaitement ce qu’est la Centrafrique depuis son indépendance,  d’évoquer une deuxième allégorie, celle de « l’Âne du Buridan »  qui, incapable de volonté et donc de liberté, meurt de faim et de soif entre un seau d’avoine et d’eau fraîche. Il s’agit ici non pas d’un paradoxe mais d’un dilemme absurde. Faute de décision, le temps passe et le pays se meurt.

Victor Bissengue n’est pas à sa première publication sur la Centrafrique. Avec Prosper Indo, il a publié « La RCA à la croisée des chemins et l’héritage de Barthélémy Boganda », toujours chez L’Harmattan. Ecrivain-chercheur en Anthropologie, sciences de l’Education et de la Communication, il a beaucoup travaillé sur les pygmées Aka auxquels il a consacré deux livres, Le legs des Pygmées et Contribution à l’histoire ancienne des pygmées : l’exemple des Aka, tous parus aux éditions L’Harmattan.

Entrecongolais.com

Les maux de la République centrafricaine, L’Harmattan, Broché - format : 13,5 x 21,5 cm • 120 pages, 13,50 euros

   

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