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Présidence de l'UA : un rebelle s'en va, un faucon arrive

Publié le Lundi 11 Février 2019
Présidence de l'UA : un rebelle s'en va, un faucon arrive

Rideaux sur le 32e sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine (UA) ce lundi à Addis-Abeba. Pas de décision spectaculaire à cette grand-messe qui n’aura fait qu’avaliser le passage du témoin de la présidence tournante de l’organisation entre le Rwandais Paul Kagame et l’Egyptien Abdel Fatah Al-Sissi.

On aura aussi noté que le nouvellement élu président de la RDC, Félix Tshisekedi, y a pris comme un baptême de légitimité continentale, lui qui a eu droit à la parole devant ceux qui sont désormais ses pairs sans oublier les entretiens bilatéraux avec le nouveau président de l’UA et le secrétaire général de l’ONU. Bienvenue donc à Fatshi dans le syndicat des premiers magistrats d’Afrique.

Si rien d’extraordinaire n’a marqué ce 32e sommet de l’organisation continentale, on s’interroge sur les orientations que prendra le mandat d’Al-Sissi à sa tête : va-t-il poursuivre avec les réformes entamées par son prédécesseur, ou va-t-il faire machine arrière, un retour à une Union africaine longtemps habituée aux lourdeurs bureaucratiques et au conformisme à la limite du grégarisme des chefs d’Etat ?

En tout cas Paul Kagame, pour sa part, a tenté d’innover et de donner de l’oxygène à une grosse machine poussive, énergivore et budgétivore, incapable d’être à la hauteur des attentes sécuritaires, diplomatiques et économiques du continent.

L’homme fort de Kigali a essayé d’appliquer un leadership de visionnaire pour moderniser et le fonctionnement et le financement d’une institution souffrait de trop de routine et de formalisme diplomatique. En effet, son expertise de manager rigoureux, d’aucuns diront son autoritarisme rugueux d’ancien rebelle, qui a fait ses preuves dans la modernisation du Rwanda, a été sollicitée pour administrer une cure de jouvence à la vieille dame continentale. A-t-il réussi ?

S’il est trop tôt pour se prononcer, on note que les 55 Etats que compte l’UA ont accepté de taxer à 0,2% les marchandises de luxe importées de pays extérieurs au continent pour permettre à l’institution de s’autofinancer. Par ailleurs, ils sont 52 Etats à avoir signé leur adhésion à la Zone de libre-échange continental (ZLEC), et tous ont avalisé la réduction du train de vie de l’institution, dont les commissaires sont passés de 8 à 6.

Quoiqu’on dise donc, l’ancien rebelle a donné un bon coup dans la fourmilière sur les conseils avisés de technocrates qui ont pensé la politique de réforme qui a été le but de son mandat d’un an à la tête de l’UA. C’est pourquoi on sera indulgent sur son flop diplomatique dans la crise postélection en RDC. C’est connu, le recomptage des voix qu’avait demandé l’organisation n’a jamais eu lieu et on a assisté à un rétropédalage de sa part pour finalement avaliser la victoire de Félix Tshisekedi, accueilli avec tous les honneurs à ce sommet. Si par ailleurs, Paul Kagame a été critiqué durant son mandat de ne pas suffisamment consulter ses pairs, on en retiendra globalement qu’il y a expérimenté, avec un certain succès, « un modèle de bonne gouvernance, mêlant l’autorité et la vision à long terme » selon l’analyse d’un diplomate burkinabè.

Al-Sissi aurait alors tort de jeter aux orties ces acquis. Lui qui dirige l’Egypte d’une main alerte, en véritable faucon de l’intégrisme et du terrorisme, gagnerait à emboîter le pas à l’ancien rebelle rwandais pour que l’Union africaine cesse d’être gangrenée par l’obsolescence de son administration et l’indolence de ses dirigeants.

L'observateur Paalga

 

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