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Poète connu, Thierry Sinda est aussi initiateur du "micro-crédit-relais"

Publié le Lundi 1 Novembre 2021
Poète connu, Thierry Sinda est aussi initiateur du "micro-crédit-relais"

Le poète et universitaire Thierry Sinda, auteur de l’Anthologie des poèmes d’amour des Afriques et d’Ailleurs (Orphie), Président-fondateur du Printemps des Poètes des Afriques et d’Ailleurs, se lance dans l’économie sociale et solidaire en créant le concept fort original du micro-crédit-relais. Rencontre. 

Pouvez-vous nous dire comment on passe de la poésie au micro-développement ?

Thierry Sinda : Je suis un poète engagé, j’ai fondé l’école de la Néo-Négritude sur les bords de la Seine. Mon engagement d’homme de lettres : pour la dignité de l’homme noir et de sa culture en francophonie au 20e  siècle, se  traduit également sur le terrain. Lorsque l’on parle de Jean-Paul Sartre comme un auteur engagé, on doit souligner d’une part l’idéologie humaniste qui circule dans ses écrits, et d’autre part son engagement sur le terrain à travers des prises de paroles, des pétitions et des manifestations dans la rue. Lorsque je prends part à des conférences ou que je fais la promotion d’un de mes ouvrages sur le continent africain, j’ai toujours dans ma main gauche une valise pleine de médicaments pour les déshérités d’Afrique, et dans ma main droite une valise pleine de livres qui se battent avec mes habits.  Vous voyez que les choses ne sont pas aussi sécables que l’on pourrait le croire.

Votre valise de médicaments, comment la distribuez-vous ?

TS : Il faut que le micro-développement soit réfléchi et adapté. Dans le registre il ne faut par faire, je citerai une aide mal orientée au Sénégal, il y a bien longtemps, de Michel Noir qui était alors maire de Lyon. Il a monté une maternité dans la région de Saly M’bourg. Il avait sur place des interlocuteurs douteux. L’année suivante lorsqu’il est revenu au Sénégal – avec une de mes amies – pour faire un bilan tout le matériel de la maternité avait été pillé. En fait il est majeur de sélectionner le partenaire idoine. En ce qui me concerne je fais dons de médicaments à des religieuses qui ont un dispensaire. Là vous êtes sûr que vos médicaments ne seront pas revendus au détail sur les marchés par des gens sans vergogne, et vous serez sûr qu’ils seront utilisés, sans danger, de manière médicalement adéquate.

 Quelle est la différence entre le micro-crédit, la tontine et le micro-crédit-relais que vous avez initié ?

Le micro-crédit, c’est un acte individuel, un prêt à une personne pauvre par une banque spéciale à destination des déshérités qui ne sont pas solvables dans les banques ordinaires. L’inventeur de cette option est le bengalais Mohammad Younus, Prix Nobel de la paix en 2006 avec sa banque Grameen. Son concept a essaimé à travers le monde non seulement dans les pays en développement, mais encore dans les pays occidentaux. La tontine, encore bien présente en milieu  africain, est un acte  de possédant : pour participer à une tontine, il faut avoir un apport, par exemple: nous sommes cinq, chacun met 100 €, et à tour de rôle l’une des cinq personnes constituant notre groupe bénéficie de 500 €. Ce qui lui donne une trésorerie plus importante. Le micro-crédit-relais que j’ai initié est un acte collectif qui ne demande aucun apport (contrairement à la tontine) et se passe d’institution financière (contrairement au micro-crédit du professeur Younus). Dans le micro-crédit-relais, on identifie 10 porteurs de micro-projets-relais vivant dans une même ville ou mieux dans un même village. Nous avons des comptables qui étudient la viabilité de chaque micro-projet-relais. On finance le premier micro-projet-relais, qui avec ses bénéfices constitue le capital du second micro-projet-relais, qui avec ses bénéfices constitue le capital du troisième micro-projet-relais et ainsi de suite jusqu’à dix. Bien sûr on encadre, mais l’argent circule sans le moindre intermédiaire, de la main à la main entre les tenants du groupe selon un ordre établi. On peut le faire avec des mendiants : on achète une machine à coudre à une mendiante couturière de profession, avec ses bénéfices elle constituera un capital à un autre mendiant doué en photo, en lui permettant d’acheter un appareil photo, et ainsi de suite. Autrement dit avec 100 € de mise au départ, en un an on peut financer entre Huit et dix sociétés solidaires entre-elles  et dotées chacune d’un capital de 100 €!

Votre concept du micro-crédit-relais est très astucieux même si sur le terrain il n’est pas aisé à mettre en place. Où trouvez-vous l’argent qui alimente votre micro-crédit-relais ?

TS : Nous en appelons aux dons, puisque notre opération est financièrement à fonds perdus. Notre action étant sous le signe de la poésie qui s’engage dans le micro-crédit-relais, nous avons commencé par solliciter les poètes, écrivains, artistes, amis d’artistes, nous avons un bon carnet d’adresse étant donné que nous organisons le Printemps des Poètes des Afriques et d’Ailleurs depuis dix-huit ans. En octobre nous avons mené une période de communication auprès des nombreux exposants du Salon de la revue et du Marché de la poésie de Paris. Nous avons eu une très bonne écoute. Pour mettre en place le micro-crédit-relais, il faut d’abord bien choisir les personnes prenant part au groupe (c’est déterminant !) en utilisant pour chacune d’entre-elles, comme le fait le banquier Younus, cinq personnes cautions morales, qui mettent en jeu non pas leur argent, mais leur honneur. Ensuite, il faut faire, ce que nous sommes en train d’établir à Madagascar : des business plan.

Pourquoi avoir choisi Madagascar pour votre première action de micro-crédit-relais ?

TS : J’ai choisi Madagascar comme expérience pilote de micro-crédit-relais pour plusieurs raisons : premièrement la monnaie est faible : le SMIC sur le papier est à 50 € soit 200 000 ariary (en réalité il y a des gens qui gagnent 50 000 ariary). Le fait que la monnaie soit faible cela nous donne une marche d’action plus importante. Avec 200 € on a 1 000 000 ariary et ce n’est pas rien. Quand vous avez un prix de vente de cochon à 100 000 ariary, vous pouvez en acheter dix avec 200 €. Ce qui ne serait pas le cas en zone franc CFA. Deuxièmement, parce que j’ai les personnes ressources que nous avons salariées depuis le mois d’août 2021 : Un comptable, une tête chercheuse de micro-projets-relais au village et une autre tête chercheuse en ville, à Tuléar, au sud ouest de Madagascar. Actuellement le sud de Madagascar est frappé par une sécheresse tristement déjà historique !

Quand partez-vous à Madagascar ?

TS : Incessamment sous peu. Depuis trois mois, on travaille sur la phase théorique avec nos partenaires à Tuléar. Dans une deuxième phase de repérage, je vais me rendre à Tuléar, pour vérifier que la théorie est bien conforme à la réalité du terrain, et ajuster ce qui doit être ajusté. Dans  une troisième phase on refera  un voyage à Tuléar pour mettre en place les micro-entreprises-relais.

Propos recueillis Entrecongolais.

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