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Livre: « Brazzaville-Versailles/ Dialogue sans détour » de Guy-Roger Bandila

Publié le Jeudi 12 Janvier 2023
Livre: « Brazzaville-Versailles/ Dialogue sans détour » de Guy-Roger Bandila

Le Franco-Congolais Guy-Roger Bandila, artiste-peintre, publie un premier roman, « Brazzaville-Versailles/Dialogue sans détour » (Editions Spinelle), dans le registre intimiste.

Roman cathartique, roman psychologique, roman de l’intime… « Brazzaville-Versailles/Dialogue sans détour » est une immersion intérieure, à certains endroits philosophiques, qui évite les pièges du pathos et du voyeurisme. Sous forme de dialogues, le roman doucement crépusculaire glisse pas à pas, mélancoliquement même, dans le drame et la tragédie de la douleur personnelle. Au fil des pages, l’auteur nous parle tout bas, mais sans détour, des choses de la vie, des tourments existentiels et même des enjeux planétaires. L’auteur est, par ailleurs, cadre au ministère français de l’Ecologie. Enfance, amour, maladie, solitude, racisme, les mots défilent en style direct et font ressortir des sensations à jamais inassouvies.

Prétexte

 Deux amis, l’un Français et qui n’a vécu qu’à Versailles, et l’autre Congolais, décident d’une promenade au Château de Versailles ; « c’est bien de sortir de temps en temps, je m’ennuie beaucoup à rester seul à la maison, dit d’emblée Jean-Louis ». Et, au fur et à mesure qu’ils s’approchent du Château, au fur et à mesure qu’ils le visitent, « Cour royale avec sa balustrade et ses allégories, Chapelle royale, le Salon d’Hercule, le Salon de l’Abondance, le Salon de Vénus, le Salon de Diane, la Galerie des Glaces », émergent à la surface, comme un effet miroir, leurs souvenirs avec ce qu’ils comportent d’abnégation et de dépassement de soi – parce qu’il a fallu du génie et de l’abnégation pour bâtir ce Château – à certains moments de leur vie. Le problème est que Jean-Louis est devenu aveugle, et c’est tout naturellement que son ami congolais, Bilala, « essayait de comprendre ce que ressentait son ami dont les gesticulations donnaient l’impression qu’il était en transes. Le fait que Jean-Louis ne portait pas ses lunettes de soleil permettait à Bilala d’observer comment ses yeux aveugles réagissaient face à ces splendeurs qu’il ne voyait pas ». Mais « personne ne l’aurait pris pour un aveugle, parce qu’il se comportait et contemplait les décors comme un voyant ».

En fait, Jean-Louis, étant né et n’ayant vécu qu’à Versailles, connaît le Château quasiment du bout des doigts. Sa maladie, qu’il a fini par accepter, ne l’empêche nullement de « voir » la beauté. Seul le tracasse le regard de l’autre. « Comme la majorité des voyants, je n’avais aucune idée de ce que pouvait être la vie d’un aveugle. J’observais tout cela de loin, d’autant plus qu’aucun de mes proches ne souffrait d’un handicap. (…) Maintenant, j’ai compris que, parfois, la personne handicapée n’attend des autres qu’un regard. Malheureusement, vivant désormais moi-même l’isolement et l’indifférence, je comprends davantage que le regard qu’on pose sur moi est souvent celui du jugement ou de la pitié », reconnaît-il, en se tournant vers son ami…

Une vie de souffrances

De fait, cette promenade au Château de Versailles n’est qu’un prétexte à la catharsis de chacun, puisqu’à son tour Bilala lui raconte sa vie depuis Brazzaville jusqu’en France. Une vie de douleurs. Mais lui-aussi a fini par les assumer, ses souffrances, et même à les extérioriser. Le récit sur sa mère, surtout, est un moment de douleurs. « Après le divorce de mes parents, la vie de ma mère s’est davantage assombrie, comme s’il eut été mieux qu’elle passât sa vie aux côtés de l’homme qui la maltraitait. (…) Ma mère est morte du sida à l’âge de soixante ans, bien avant mon père qui, lui, a été emporté par un cancer de la prostate. Mais, si je dois être honnête, la mort de mon père m’a moins affecté que tout ce qu’elle avait enduré dans sa vie », raconte-t-il.

La mère du deuxième narrateur, tourmentée, n’avait ni d’yeux ni d’oreilles. Pour s’occuper de sa sœur et de sa nièce, elles-mêmes malades, elle les douchait, les rasait, les épilait avec une seule lame, dont elle se servait par la suite pour ses propres soins. Évidemment, le risque d’être contaminée était énorme. Divorcée, malade, elle se retrouve dans l’impasse et fait une grave dépression. D’autant qu’au même moment, « la société congolaise l’avait rejetée parce qu’elle avait un enfant qui n’était reconnu par aucun père ». Internée au « Cabanon » de Brazzaville, sa vie dérape vers une criarde tragédie.

C’est un roman empreint de puissantes réflexions, qui met le lecteur face à lui-même. Un roman aussi sur l’art, tout court. L’art de savoir raconter sa vie sans verser dans le voyeurisme, l’art architectural, l’art pictural. Artiste-peintre et Congolais d’origine – sa dernière exposition a eu lieu en 2018 à la Défense –, Guy-Roger Bandila ne manque pas de rendre hommage à ceux qui l’ont inspiré, Eugène Malonga, Guy-Léon Fylla, François Iloki, Marcel Gotène, les pionniers de l’art congolais, voire de l’Afrique.

Né à Pointe-Noire, en République du Congo, Guy Roger Bandila quitte son pays d’origine pour s’installer en France. Enseignant en arts plastiques, artiste peintre, graphiste maquettiste, acteur socioculturel, Guy Roger intègre en France le ministère de l’Écologie et, en parallèle, entreprend diverses activités en faveur des égalités, de la solidarité humaine, du développement et de l’émancipation de l’individu.

ISBN : 978-2-37827-695-9

Nombre de pages : 250

Prix : 18 €

Marie Alfred Ngoma pour Adiac

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