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Littérature. Trois questions à Thierry Sinda, auteur de « Délits d’encre Damas et la Négritude »

Publié le Vendredi 10 Avril 2020
Littérature. Trois questions à Thierry Sinda, auteur de « Délits d’encre Damas et la Négritude »

En mars dernier, nous avons rencontré le poète et universitaire, Thierry Sinda, avec lequel nous avoions évoqué le report de la 17ème edition du « Printemps des Poètes des Afriques et d’Ailleurs » qu’il dirige à Paris. « Entrecongolais.com » le rencontre de nouveau pour la parution aux éditions du Petit Pavé du « Délits d’encre » no 26 qu’il a consacré à Léon-Gontran Damas, l’un des pères de la Négritude poétique.

Vous avez co-écrit « Délits d’encre » no 26 avec le poète martiniquais Henri Moucle. Qu’en est-il exactement ?

Thierry Sinda : Comme il est marqué au dos de l’ouvrage, je suis l’auteur de ce numéro. Et si vous continuez à observer la quatrième de couverture, vous constaterez que le numéro 26 du « Délits d’encre », consacré au poète de la Négritude Léon-Gontran Damas, a deux identités: un ISSN (identifiant les revues) et un ISBN (identifiant les livres). C’est donc à la fois une revue et un livre, et cet ouvrage est vendu, en cette double qualité, c’est la raison pour laquelle il bénéficie du réseau de diffusion et de vente-livre, lequel est plus large que le petit réseau de diffusion vente-revue. Il faut ajouter à cela la durée de vente : un livre se vend sur le temps long alors qu’une revue se vend sur un temps court, puisqu’elle est périodique.

C'est quoi le contenu de « Délits d’encre Damas et la Négritude  » ?

TS : La pièce maîtresse du « Délits d’encre  Damas et la Négritude » est mon essai : « Léon-Gontran Damas : sève créole et négritude parisienne », le reste est de l’ornement utile ou de l’habillage de haute couture. Vous y trouverez le long poème-biographie : « Raphaël Elizé, le métis de la République » d’Henri Moucle. Celui-ci décrit le tempérament, la formation, la vie, le métier et la fonction du Martiniquais Raphaël Elizé, premier maire de couleur de la France métropolitaine. Je tiens à dire que le mot « poème-biographique » est un qualificatif forgé par la princesse-poétesse malgacho-comorienne Houria - une digne représentante du mouvement de la neo-Negritude que j’ai initié en 2004 sur les bords de la Seine. Vous y trouverez aussi mon poème-hommage « Poupées-noires-savantes-créoles » qui fait référence à ma présentation,dans le même ouvrage, de la formation et des fonctions d’enseignements, de mémoire et de recherche scientifique de l’association  des « Amis de Léon Damas » dirigée,à Cayenne, par des amazones guyanaises dont la cheftaine est la femme de lettres Eugénie Rezaire.

Vous connaissez bien le mouvement de la Négritude d’une part de l’intérieur grâce à votre père, Martial Sinda, poète de la seconde génération de la Négritude (et premier poète de l’AEF en 1955), d’autres part parce que vous avez soutenu une thèse de doctorat sur la Négritude en 2000. Qu’apportez-vous de nouveau sur la problématique de la Négritude ?

TS : Tout mon travail de base a été de reconstituer le puzzle de la Négritude en distinguant deux générations : celle qui publie leur premier recueil dans les années 1940 (Damas est le premier en 1937, puis viendra Césaire en 1939 - recueil publié dans la revue « Volontés no 20» - puis Senghor en 1945 et tous les poètes de son Anthologie « Negres et malgache » de 1948 parmi lesquels Jacques Rabemanjara), puis celle qui publie leur premier recueil dans les années 1950 ( Bernard Dadié, Martial Sinda, Keïta Fodeba, Élongué Épanya Yondo, Paulin Joachim, David Diop, Laminé Diakhate, Fily Dabo Sissoko, René Depestre, Édouard Glissant et la seule femme Annette Mbaye d’Erneville). Tous ces auteurs naissent dans des régions différentes de l’Empire colonial français, ils ont été forgés par la culture de leur région, puis ils se retrouvent à Paris, donnent naissance puis élargissent le mouvement parisien de la Négritude. C’est ainsi que Damas apporte sa sève créole guyanaise au mouvement parisien de la Négritude. Ce cadre de lecture est valable pour tous les autres auteurs en rapport avec leur région propre. La Négritude est donc épiphanie, comme le dit Jacques Rabemananjara, « d’abord entre nous puis entre nous et le reste du monde. »

Propos recueillis par Bedel Baouna

« Délits d’encre Damas et la Négritude » http://www.petitpave.fr/petit-pave-delits-d-encre-n°26-794.html?fbclid=...

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