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Littérature : Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018 pour "Les enfants après eux"

Publié le Mercredi 7 Novembre 2018
Littérature : Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018 pour "Les enfants après eux"

PORTRAIT - Sa fresque sociale dans une Lorraine désindustrialisée vient de recevoir la récompense suprême de la littérature française. Une reconnaissance pour cet auteur venu du polar et pour le travail d'Actes Sud qui reçoit son quatrième Goncourt en six ans.

Nicolas Mathieu a fait ses armes à l'école du roman noir, comme Daniel Pennac, Tonino Benacquista, Daniel Picouly ou Pierre Lemaître avant lui. À 40 ans, ce fils d'électromécanicien et de comptable, qui a grandi dans la banlieue pavillonnaire de Golbey dans les Vosges, sait donc qu'un bon livre est d'abord une bonne histoire. Celle qu'il raconte dans Leurs enfants après eux, prix Goncourt 2018, se déroule en France, dans une vallée lorraine dévastée par la crise, de la fin des années Mitterrand. Une époque frénétique de mondialisation heureuse où il était plus gratifiant de s'intéresser à la Bosnie ou à la Californie qu'à la vallée de Thionville. C'est pourtant là que sont nés Anthony, Hacine, Steph et Clém, des enfants tristes de la crise qu'on voit sortir de l'adolescence en quatre étés.

Ils sont chez eux, à Heillange, ville grise où les hauts-fourneaux ne brûlent plus depuis longtemps. Ils font du canoë, du VTT, fument des pétards, écoutent Nirvana, dragouillent et baisouillent, sans se demander de quoi demain pourrait être fait.

Il y a des fils de bourgeois et des fils de prolos, dans la remarquable fresque sociale de Nicolas Mathieu, des garçons sombres qui ont le regard noir et des filles diaphanes qui ont les dents blanches. Des mensonges, des malheurs, de la fraude, des cœurs durs, des foies cirrhosés, des coups de poing qui partent et des gueules cassées. Les heures sont longues et les bonheurs brefs, dans cette France ravagée par le néolibéralisme.

Nicolas Mathieu qui a longtemps douté d'avoir fait le bon choix en embrassant la carrière d'écrivain. Jusqu'à 35 ans, il dit avoir bouffé de la vache enragée, vivant de petits boulots, jusqu'à la publication de son premier roman en 2014, Aux animaux la guerre (Actes Sud). Un roman qui remporte plusieurs prix et lui apporte un début de reconnaissance. Livre qui a d'ailleurs été adapté en six épisodes par Alain Tasma pour France 3. Une mini-série noire autour de la fermeture d'une usine, avec Roschdy Zem et Olivia Bonamy notamment, qui sera diffusée dès le 15 novembre.

En s'intéressant aux marges de la société, Nicolas Mathieu voit ce que les bricoleurs de littérature consolatrice ne voient pas ; en se glissant dans l'intimité de ses personnages dont il a le don de faire palpiter la chair et le sang, il montre sans discours que la peau d'une fille de chef d'entreprise est plus soyeuse et plus confortable que celle d'un fils de chômeur.

Sur fond de catastrophes sociales et de modification des mœurs, Leurs enfants après eux est tendu par une histoire d'amour impossible et rêvée dont Anthony, le personnage principal, est le protagoniste malheureux. Le héros de ce bildungsroman âpre, entêtant et sauvage a quatorze ans au début du livre, vingt à la fin. Après avoir rêvé de voir du pays, comme Hacine, son doppelgänger, il retrouve sa Lorraine sombre et malheureuse, tragique et déchirée. Et la place qui lui est assignée depuis toujours: celle d'un vaincu qui aujourd'hui a pris une belle revanche.

Avec Le Figaro

Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu, Actes Sud, 426 p., 21,80 €.

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