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Littérature : l’auteur de « La maison indigène », Claro, tance les membres du jury du Prix Renaudot

Publié le Mardi 5 Mai 2020
Littérature : l’auteur de « La maison indigène », Claro, tance les membres du jury du Prix Renaudot

L’auteur de La Maison indigène (Actes Sud, 2020), Claro, a envoyé un courrier presqu’incendiaire aux membres du jury du Prix Renaudot. Le motif du courroux ? Avoir seclectionné son livre pour ce qu’il appelle « une mascarade ». Lisez !

« Aux membres du jury du prix Renaudot

Chers membres du jury du Prix Renaudot,

Je découvre par voie de presse que mon livre La Maison indigène (Actes Sud) figure dans votre première sélection pour cette année 2020. Je vous remercie d'avoir pris la peine de le lire (ou de le feuilleter), mais il se trouve que je ne souhaite ni voir mes livres "récompensés" par un prix, ni même figurer sur une liste de prix.

Je me suis de nombreuses fois exprimé sur les raisons personnelles de ce refus, et je regrette que vous n'ayez pas eu connaissance de ma position sur ce sujet. En ces temps où la question du masque est sur toutes les lèvres (à défaut du masque lui-même), je n'ai aucune envie de participer à quelque mascarade que ce soit, même patronnée par des écrivains aussi talentueux et prestigieux que le sont, pour ne citer qu'eux, messieurs Beigbeder, Guidicelli et Besson. Je vous demande donc de bien vouloir retirer au plus vite mon livre de votre sélection.

"Les honneurs déshonorent", a dit Flaubert. Le ridicule, aussi, ajouterai-je. Vous voyez, en littérature aussi, certains gestes barrières sont nécessaires…

cordialement
Claro »

Ce livre est, à sa façon, une visite : non seulement de la maison que fit bâtir, en 1930, l’architecte Léon Claro, grand-père de l’auteur, pour rendre hommage au style néomauresque lors du centenaire de l’Algérie française, mais également de tout un passé – intime, historique, littéraire, politique – auquel l’écrivain avait toujours refusé de s’intéresser. Reconnaissant enfin, dans cette maison indigène, une vraie “boîte noire” dont il importe d’extraire la mémoire, Claro apprend qu’elle a été visitée en 1933 par un jeune homme de vingt ans, Albert Camus, lequel en ressortit littéralement ébloui et écrivit alors un de ses tout premiers textes : “La Maison mauresque”, véritable acte de naissance littéraire du futur prix Nobel. Mais la “Villa Claro” – ainsi qu’on l’appelait parfois – a également accueilli un autre créateur : Le Corbusier, que Léon Claro convia à Alger en 1931 et qui, à cette occasion, s’égara dans la Casbah, allant jusqu’à s’aventurer dans une autre maison, “close” celle-là, où l’attendait le secret de son esthétique à venir.

Au cours de cette enquête, Claro est amené à croiser d’autres visiteurs, tel le poète Jean Sénac, qui avait pris son père en amitié, mais aussi Visconti, venu à Alger tourner l’adaptation de L’Étranger. Camus, Sénac, Le Corbusier, et quelques autres, tous fascinés par la Ville Blanche ou pris dans la tourmente de la guerre d’Algérie – et chacun détenant, à sa manière, une clé de la “maison mauresque” : il fallait donc forcer des serrures, pousser des portes. Dont une, inattendue, donnant sur une pièce que l’écrivain croyait vide : celle du père.

Extrait : « Le hasard ne mordant jamais sans sourire un peu, il advint cela : l’an dernier, un de mes amis, Arno Bertina, m’envoya un e-mail amusé, dans lequel il me disait, plus ou moins en ces termes, “Alors comme ça tu ne te contentes pas d’écrire des livres et de traduire des livres ! Tu construis aussi des maisons ! Et tu les fais visiter à Camus !” Il était en effet tombé, au cours de recherches, sur cette petite information qu’il avait eu à cœur de me donner en pâture :

L’un des premiers textes écrits par Camus a été “La Maison mauresque”, qui décrit une villa bâtie par Claro.

Je lui répondis que ce Claro-là était mon grandpère, ce à quoi il me fit cette réponse : “C’est seulement que je trouvais ce pli du temps magnifique à déplier : Camus écrivant son tout premier texte sur une œuvre de Claro !” Les choses auraient pu en rester là, tant m’indifféraient depuis des décennies tous ces signes émanant de lointaines archives. »

Entrecongolais.com avec Actes Sud

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