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Littérature. "Brazzaville, ma mère", un bon 1er roman et une saga africaine attachante

Publié le Vendredi 27 Mars 2020
Littérature. "Brazzaville, ma mère", un bon 1er roman et une saga africaine attachante

Thème

Florence, jeune journaliste en poste à Paris, décide de retourner en Afrique au pays de sa mère. Disons plutôt de sa génitrice, vu l'inexistence de leurs relations. La mère en question, Jeanne Diawa, professeur d'université, "une femme-kilo qui pèse lourd", entourée d'amis influents, fait pénétrer Florence dans le monde politique du pays, dans la haute classe qui s’est enrichie de manière douteuse. Ce “beau monde” vit dans de luxueuses villas et roule en 4/4. Florence voudrait interroger sa mère : "D'où tu tiens ta fortune et quel a été ton parcours ?", mais les réponses se font attendre, pour le plaisir du lecteur qui ne les découvre qu'au fil des pages.

Vers la fin du livre, on se retrouve dans une case en torchis, on pressent un autre visage de Jeanne, inquiétant, proche de celui d'Agrippine... Et c'est finalement son père qu'elle croyait décédé que Florence finira, non sans mille et uns détours, par retrouver vivant. Cette saga familiale permet à l'auteur de décrire certaines moeurs typiques de sa terre natale et de dénoncer bien des dérives.

Points forts

- les personnages sont bien campés, et outre la mère, l'oncle Al qui refuse d'évoquer l'enfance; Annie, sculpturale beauté noire, demie-soeur cadette inconnue; l'adjoint au Maire, prétentieux et ridicule, Claude, l'amant philosophe, et  bien d'autres.  

- la plongée dans la capitale congolaise et sa "faune", ses rues, ses cafés, ses différents quartiers, est réussie. On est dans l'ambiance. 

- les mentions relatives aux chanteurs et chansons du pays dont l'auteur semble un fin connaisseur 

- d'heureuses trouvailles dans l'écriture. 

Points faibles

- La fin se complique, le lecteur ne s'y retrouve que difficilement entre le père, son frère jumeau, un certain Jean Ngo surnommé Jaurès...  La famille en Afrique est-elle toujours compliquée ? La phrase de la page 192 "C'est à ne rien comprendre" sonne juste. 

- Ca finit trop vite. Le père, Florent, est retrouvé une vingtaine de pages avant la fin, c'est dommage. La visite au village, les retrouvailles de ses racines parentales et la rencontre du grand-père, la description de la luxuriance du paysage, sont ainsi écourtées, on le regrette.

En deux mots...

Ce n'est pas si fréquent de s'offrir une virée romanesque dans un pays africain, attachant malgré ses côtés sombres.

Un extrait...

" Je voudrais pouvoir forcer le coffre-fort du coeur de ma mère et découvrir ce qui l'agite..." 

 "Une révolution tribaliste, discriminatoire qui n'a servi que les intérêts d'une bande de villageois complexés. Ensuite la faute à la démocratie qui a favorisé la même bande de tarés tribalistes... Quand une histoire est biaisée dès le départ, tout se déglingue, tout se dérègle... On parle d'argent épargné pour les générations futures ! Mais qui peut y croire ? Déjà qu'on n'est pas capable de s'occuper des générations présentes... "

L'auteur

Bedel Baouna est originaire du Congo-Brazzaville et vit en France depuis une trentaine d'années. Critique littéraire et analyste politique, on peut lire ses articles notamment sur Afrik.com.  Il signe ici son premier roman. Il est l'auteur d'une pièce de théâtre intitulée La vie des hommes ( Z4 Editions, 2020), inspirée de l'oeuvre de Franco Luambo Makiadi, compositeur de rumba congolaise.

Hélène Renard

Source : Culture-Tops-Ouest-France.fr

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