Mikiliweb | Diasporas d'ici et d'ailleurs

Le 18e Printemps des Poètes des Afriques dédié à René Maran.

Publié le Jeudi 4 Mars 2021
Le 18e Printemps des Poètes des Afriques dédié à René Maran.

Le poète et universitaire Thierry Sinda est le président-fondateur du festival du Printemps des Poètes des Afriques et d’Ailleurs, qu’il anime depuis l’origine avec l’acteur et metteur franco-algérien Moa Abaïd. La 18e édition, dédiée à l’écrivain René Maran, Prix Goncourt il y a cent ans, est présidée par son père, Martial Sinda, premier poète de l’Afrique Equatoriale française en 1955, professeur honoraire à la Sorbonne-Nouvelle, et jeune compagnon de lutte de René Maran. Le festival se tiendra à Paris du 19 au 28 mars 2021. Rencontre avec Thierry Sinda.

La 17e édition du Printemps des Poètes des Afriques et d’Ailleurs n’ a pas pu se tenir l’année dernière, êtes-vous sûr que la 18e édition se tiendra ?

Thierry Sinda : On fera tout ce qui est en notre possible pour que la 18e édition se tienne. En 2020, le coronavirus nous est tombé dessus, on avait très peu d’informations sur ce virus, on n’avait même pas de masque, et puis on a été confiné au mois de mars. La force des hommes et de s’adapter et de trouver des solutions. Aujourd’hui on connaît mieux le virus, nous avons des masques, des vaccins, et de nombreuses manifestations en distanciel. Ce qui d’ailleurs élargit et internationalise les événements.

Vous êtes donc prêt à adapter le Printemps des poètes des Afriques en distanciel, ce serait une première !

Thierry Sinda : On a déjà, et depuis longtemps, organisé des séances du Printemps des poètes des Afriques et d’Ailleurs en présentiel et en distanciel notamment avec Radio radicale en Italie. Je vais vous transmettre le lien. Nous estimons dans notre festival indépendant que même si la poésie se déguste en jauge réduite, notre message que nous constituions de la manière la plus rigoureuse et synthétique possible doit être relayé par la presse, les réseaux sociaux et les radios trottoirs populaires des Afriques et d’Ailleurs. 

Quel message voulez-vous faire passer pour cette 18e édition ?

Thierry Sinda : Si le peuple de France, de Navarre, de Banlieue, des Afriques et d’Ailleurs retient : [qu’au moment où les publicistes français transformaient le Noir en « persona ridiculus » cracheur de « Ya bon Banania » , un Noir guyanais, lui-même administrateur de colonie en Afrique, dénonce les iniquités coloniales dans son livre Batouala, véritable roman nègre , publié chez le grand éditeur Albin Michel, est lauréat du Prix Goncourt 1921 (le prix le plus prestigieux de France)], on aura rempli notre mission ! Le reste n’est que précisions, poésie et plaisir du texte. Il est important que nous connaissions notre histoire, si on ne veut plus être en perpétuelle dérive.

Léopold Sédar Senghor dit de René Maran qu’il est le précurseur de la Négritude, pouvez-vous expliciter cette affirmation ?

Thierry Sinda : Le théoricien de la Négritude Léopold Sédar Senghor, veut signifier que René Maran est le premier auteur à donner la parole à des personnages noirs dans les lettres françaises. Ces derniers vont exprimer leur point de vue sur le monde en cessant d’être de simples décors parlant dans un français Banania. C’est ainsi qu’ils vont exprimer leur culture, porter un regard sans concession sur les Blancs, et dénoncer le colonialisme. C’est exactement la voie qu’empruntera dans les années 1930 la Négritude avec Pigment de Léon-Gontran Damas en1937, et Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire en 1939 ; c’est dans ce texte qu’apparaît le mot « négritude » qui sera érigé en mouvement par Senghor en 1948 avec son manifeste Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française.

La seconde génération de la Négritude à laquelle appartient votre père Martial Sinda émergera dans les années 1950, est-ce bien cela ?

Thierry Sinda : Oui effectivement ! Celle-ci se compose essentiellement de : Bernard Dadié, Paulin Joachim, David Diop, Elongué Epanya Yondo, Viderot Mensah, Francesco N'Distouna, Keita Fodéba, Lamine Diakhaté, Pierre Bambote, René Depestre, Edouard Glissant, Martial Sinda et Annette Mbaye d’ Erneville (la première poétesse d’Afrique noire francophone), Chez tous ces auteurs on note l’affirmation d’une culture noire teintée d’un racisme à rebours voire d’un anticolonialisme. Après 1960, c'est-à-dire au moment des indépendances, le but est atteint et le mouvement n’existe plus ; s’ouvrira l’époque littéraire des nationalismes africains et des régionalismes antillo-guyanais. Toutes les études sur la Négritude qui ne prennent pas en compte la dynamique des auteurs négritudiens de l’AOF, de l’AEF, de Madagascar et des Antilles-Guyane sont des études tronquées, qui à mon avis loupent la quintessence de la cible !

Votre père Martial Sinda fut un jeune compagnon de lutte de René Maran, et est aujourd’hui le président de l’Association des Amis de René Maran, comment l’a-t-il rencontré et qu’elle était leur relation ?

Thierry Sinda : Permettez-moi à ce sujet de laisser répondre M. René Maran : « Je connais M. Martial Sinda, ce tout jeune homme est venu me voir, il y a deux ans, et a soumis ses premiers vers à mon jugement. Je les ai lus avec autant d’émotion que de sympathie parce qu’il est né à M’Bamou (en fait M’Bamou Sinda, le village du chef Sinda Mantsamou, son père) , non loin de Brazzaville, et que je m’intéresse d’assez près à tout ce qui me rappelle l’Afrique Equatoriale (où René Maran a été administrateur de colonies)[…] Premier chant du départ est placé sous le double signe de Léopold Sédar Senghor et d’Aimé Césaire […] . Tous sont animés de la même sainte révolte contre les abus et les excès qu’ont subi autrefois leurs ancêtres …» Extrait de Chronique de René Maran sur le poète Martial Sinda, diffusion sur Radio Outre-Mer le 18 juillet 1955 (billet reproduit intégralement dans mon ouvrage Anthologie des poèmes d’amour des Afriques et d’Ailleurs, Orphie 2013). C’est donc tout à fait normal qu’il soit le gardien du temple de René Maran avec ma mère puisqu’ils ont bien connu Camille et René Maran. J’en parlerai plus longuement dans l’essai que je consacre en la circonstance à René Maran, lequel s’intitule : René Maran, père de la littérature nègre en français (parution en 2021).

Quel est l’angle choisi pour présenter René Maran pendant le 18e Printemps des Poètes des Afriques et d’Ailleurs et quels sont les autres points d’orgue de cette éditions ?

Thierry Sinda : Nous allons présenter René Maran, le poète, auteur notamment de deux recueils de poèmes dans la plus pure tradition du romantisme français avec La Maison du Bonheur (1909) et La vie Intérieure(1912) [dégustez ces doux vers de son cru : « Je l’ai connue, un jour de mai./ Et, de tout mon cœur renfermé,/ Je me suis surpris à l’aimer// Elle adorait cueillir aux branches,/Pour en fleurir ses souples hanches,/Toutes les fleurs roses et blanches »] ; Nous allons commémorer le centenaire de son premier roman Batouala, Prix Goncourt 1921 et grand manifeste de la Négritude ; Nous allons présenter en partenariat avec la toute jeune librairie Calypso ( des Outremers et des Caraïbes, sise avenue Parmentier Paris 11e ), René Maran, l’homme, je ferai la conférence-débat : « René Maran un homme entre les rives ». Parmi les autres points d’orgue il y a l’hommage que l’on rendra à notre petit « chevalier de la poésie du monde noir » (Jacques Rabémananjara) qui nous a récemment quittés : la Princesse-poétesse Houria avec ses boucliers-poèmes biographiques et événementiels. Nous rendrons également hommage à notre doyenne la poétesse Sophie Cerceau, récemment rappelée par Dieu. Et puis il y aura toute l’actualité des poètes de la Néo-Négritude.

Quels sont les lieux retenus et les poètes programmés ?

Thierry Sinda : Nous passerons par la Société des poètes français, l’hôtel Stella, le cimetière Montparnasse, le cimetière parisien de Thiais, le cimetière de Yerres, la librairie Calypso (des Outremers et des Caraïbes), et la statue de Gaston Monnerville à la sortie du jardin du Luxembourg. Les poètes et artistes attendus sont : Raoul-Philippe Danaho, Hanitr'Ony, Pascale Labylle, Henri Moucle, Marie-France Danaho, Habib Osmani, Jean-Baptiste Tiémélé, Romuald Chery, Francine Ranaivo, Fredy Jaoffera, Denise Chevalier, Alain-Alfred Moutapam,, Iverleen Diallo, Batista, Giselle Déloumeaux, Evelyne Pèlerin Ngo Maa, Pat Bèlè, Nicolas-Daniel Biséricaru, , Ferdy Ajax et Gilles M'Arche.

Propos recueillis par Entrecongolais.com

http://www.radioradicale.it/scheda/407351/festival-printemps-des-poetes-...

Catégorie
Photos
Cliquez sur les vignettes pour agrandir