Mikiliweb | Diasporas d'ici et d'ailleurs

Le 17e Printemps des Poètes des Afriques n’aura pas lieu...

Publié le Mercredi 4 Mars 2020
Le 17e Printemps des Poètes des Afriques n’aura pas lieu...

Le Printemps des Poètes des Afriques et d’Ailleurs est un important événement culturel récurrent qui se produit chaque printemps, depuis 16 ans, en France. Elle est l’une des rares (pour ne pas dire l’unique ) manifestation de poésie réunissant des poètes et artistes de l’Afrique, des Caraïbes, et de l’Océan Indien sur la place de Paris. La 17e édition prévue dans le créneau du Printemps national des Poètes, du 7 au 20 mars 2020, n’aura pas lieu. Nous avons rencontré le maître d’œuvre de l’événement, Thierry Sinda, fils de Martial Sinda, premier poète de l’AEF, avec Premier chant du départ (Seghers, 1955). Nous nous sommes entretenus avec lui sur la non-tenue du festival et plus largement sur la poésie.

Votre manifestation a-t-elle été reportée à cause du Coronavirus ?

Thierry Sinda : Non pas du tout! Pendant le Printemps national des Poètes, la poésie fleurit un peu partout en France et même au-delà. La poésie est affaire de cercles multiples qui n’ont que très peu de liens entre eux. Aucun de ces cercles ne réunit 5000 personnes par séance, le nombre critique pour le risque de contagion du corona-virus, selon les Ministères de la culture et de l’intérieur. Pendant le Printemps des Poètes les nombreuses manifestations réunissent en moyenne entre 50 et 350 personnes par jour. Ce qui est énorme lorsque l’on sait que la plupart des éditeurs de poésie tire un recueil entre 150 et 500 exemplaires.

Quelle est donc la cause réélle du report du 17e Printemps des Poètes des Afriques et d’Ailleurs ?

Thierry Sinda : Vous savez nous sommes un festival indépendant, c’est-à-dire que le festival tient et se déroule grâce à la bonne volonté des uns et des autres qui veulent que les Afriques rayonnent lors du Printemps des Poètes en France. Nous donnons tous de notre temps gracieusement pendant la semaine poétique que nous organisons. Le festival repose en fait sur les épaules de deux personnes : le directeur artistique, Moa Abaïd, et moi-même. Or il se trouve que l’un comme l’autre avons des emplois du temps extrêmement chargés,en mars 2020, dont nous sommes guère maîtres. Le directeur artistique, qui est aussi acteur et metteur en scène, est en tournée ; et moi-même je suis en résidence d’écriture.

Sur quel sujet planchez-vous dans votre contraignante résidence d’ écriture?

Thierry Sinda : Je prépare un livre de témoignages des Poètes des Afriques et d’Ailleurs qui s’intitulera : Paroles, images et sons des Poètes des Afriques et d’Ailleurs. Il y a déjà un éditeur qui est intéressé. Je ne peux guère en dire plus, mais ce sera un beau livre rock’n’roll, ou si vous préférez, punk-néo-Négritude !

Qu’ est-ce que vous entendez par punk-néo-Négritude ?

Thierry Sinda : Le mode vestimentaire et musical très colorés des punks puisent aux sources du tribal dont l’Afrique est l’une des dernières gardiennes. Je pense plus aux précurseurs du punk, comme l’élégant David Bowie, qu’à certains punks très voire trop bruyants et n'ayant pas su saisir et adapter la substantifique moelle tribale. J’ai beaucoup réécouté David Bowie, ces dernier temps, pendant le début de ma période d'écriture, et j’ ai pu constater que cet artiste merveilleux internationalement connu et reconnu avait « piqué » un rythme tribal à l'Afrique.

De quelle chanson de David Bowie s’agit-il, et de quelle musique traditionnelle s’est-il inspiré ?

Thierry Sinda : Je garde l’information encore secrète jusqu’ à la parution prochaine de mon ouvrage Paroles, images et sons des Poètes des Afriques et d’Ailleurs. Mais je peux d’ores et déjà vous dire que c’est en Afrique du côté de l’Océan Indien.

Donc probablement à Madagascar, puisque l’on connaît bien vos grandes affinités avec l’île rouge...

Thierry Sinda : Effectivement, je ne vous en dirai pas plus, pour le moment !

Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est la néo-Négritude que vous avez initiée en 2004 ?

Thierry Sinda : C’est un mouvement, c’est une école, c’est un groupe de poètes rassemblés sous la bannière des Afriques et d’Ailleurs qui dynamitent les cloisons, encore très présentes, séparant les poètes africains, caribéens et de l’Océan indien. Exactement comme l’ont fait les poètes de la Négritude en leur temps, à l'époque coloniale. Nous sommes la suite. La néo-Négritude est un mouvement diasporique parisien, tout comme l'était la Négritude. La définition que je donne de la néo-Négritude est : « La revalorisation culturelle du monde noir dans les lettres françaises à une époque post ou néo-coloniale ». Vous enlevez le « post » et le « néo », et vous aurez ma définition synthétique de la Négritude, qui s'appuie sur mes travaux universitaires sanctionnés par une thèse de doctorat.

Les ventes de l’Anthologie des poèmes d’amour des Afriques et d’Ailleurs, préfacée par Abdou Diouf, Pau Langevin et, de manière posthume, par Jacques Rabémananjara, vous satisfont-elles ?

Thierry Sinda : Oui tout à fait . La vente de mon anthologie se compte en milliers d'exemplaires. Lors de la Saint-Valentin 2020, sur le site marchand de la FNAC.com, nous étions 24e sur 823 dans la catégorie "Anthologie poésie". Nous avons fait bien évidemment une capture d’écran que nous avons partagée sur les réseaux sociaux, en souhaitant bonne fête à tous les amoureux du monde !

Avez-vous une actualité éditoriale ?

Thierry Sinda :Dans quelques jours va sortir aux éditions du petit pavé le numéro spécial N°28 de la revue Délits d’encre titrée : « Damas et la Négritude ». J’ en suis le principal contributeur avec mon article « Léon-Gontran Damas Négritude et sève créole », qui est en fait la communication que j'avais prononcée en septembre 2017 à l' Université de Guyane dans le cadre du 40é aniversaire de la disparition de Léon-Gontran Damas. La commémoration était organisée par l'ASSALD( l'Association des Amis de Léon Damas), il ya d'ailleurs une captation faite par la revue numérique manioc.org. Vous trouverez aussi dans le n° 28 de Délits d'encre un très beau poème biographique d’ Henri Moucle sur Raphaël Elizé, le premier maire de couleur de la France métropolitaine.

Propos recueillis par Bedel Baouna

Catégorie
Photos
Cliquez sur les vignettes pour agrandir