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A la recherche de la blancheur presque parfaite

Publié le Samedi 7 Février 2015
A la recherche de la blancheur presque parfaite

Barbès, Château rouge, Château d’eau…stations de métros bien connues au cœur des 18ème et 10ème  arrondissements de la capitale française. Particularités : une forte concentration d’immigrés africains mais aussi de citoyens issus de cette immigration venus de la lointaine Afrique. Une mixité sociale au cœur de Paris avec ses marchés exotiques, ses codes vestimentaires et une mode que presque tous ici recherchent et pratiquent avec insouciance : se blanchir la peau.

Vendus parfois sous le manteau dans ces marchés exotiques, les crèmes aux noms évocateurs tels que ‘’Caro Light’’ et autres soins tout aussi farfelus représentent la promesse pour de nombreuses femmes et hommes noirs d’avoir un teint clair. Véritable phénomène de société depuis de nombreuses décennies, il suscite depuis de plus en plus d’émules de tout âge et classes sociales confondues. La dépigmentation artificielle est devenue un signe extérieur d’une certaine aisance sociale. Des capitales africaines, si le fait a des appellations différentes, il fait état de la même réalité ; à Brazzaville il est le ‘’Tchoko’’, ‘’Bojou’’ à Porto-Novo, ‘’Xessal’’ à Dakar, et jusqu’en occident, tous, semblent ne plus pouvoir résister à changer de peau !

Complexe d’infériorité remontant aux heures sombres de l’esclavage ? Nuls psychologues chevronnés ne pourraient l’affirmer avec certitude ; même si les esclaves à la peau claire avaient certains privilèges du maître dont ne pouvaient prétendre ceux à la peau plus sombre. Néanmoins, une chose est sure c’est que ce choix esthétique reste un phénomène de société que l’on ne peut extirper du subconscient de ses principales adeptes : les femmes.

Aussi, la dépigmentation est transformée en une obligation et fait parfois objet de concurrence chez les femmes et les jeunes filles. Et, les causes de ce phénomène sont diverses et variées. Certaines femmes optent pour la dépigmentation parce qu’elles ne s’acceptent  pas. Elles envient cette peau plus claire et lumineuse alors que chez d’autres, la pratique est liée à la pensée selon laquelle seules les femmes au teint clair ont une plus grande valeur. On s’échine alors à se procurer les nombreux produits, parfois à prix dérisoires et composer par la suite des mixtures surprenantes à cette fin dans l’ignorance de ces effets.

Une pratique ambiguë

La dépigmentation est souvent pratiquée par certaines femmes parce que leurs compagnons les y encouragent. Ainsi, il n’est pas rare de rencontrer des femmes dont la source du financement de l’achat des crèmes, tubes, laits corporels et autres soins éclaircissants, provient de leurs maris ou compagnons. Même si peu confirment cette connivence, il n’est pas rare de rencontrer des couples dans lesquels les femmes ont le teint noir, qui au fil des ans s’éclaircit comme par magie. Avec complicité, les couples se trouvent des moyens pour rendre plus claire la peau de la femme pour des raisons futiles. De plus, il n’est guère plus étonnant de voir les hommes soutenir d’une certaine façon leurs compagnes dans la pratique de la dépigmentation en s’adonnant eux aussi à l’expérimentation de ces compositions chimiques.

Si éclaircir sa peau rend « beau » ou « belle » rapidement, c’est notamment grâce aux produits conçus la plupart pour cette finalité ou souvent fabriqués par les pratiquants eux-mêmes à travers le mélange de plusieurs produits dont ils ignorent les constituants. Bien évidemment, ces procédés qui ne sont pas naturels sont fortement déconseillés par les dermatologues car ils fragilisent l’ensemble du système immunitaire de la peau.

Des conséquences graves

Inexorablement, alors que les effets de la pratique sont très vite visibles en une peau plus lumineuse, le revers est lui aussi tout aussi spectaculaire ! Et ceux qui se dépigmentent la peau subissent en quelque sorte la revanche de leur enveloppe corporelle soumise donc à rude épreuve. Tel le caméléon, la peau devient multicolore…genoux, jointures des mains et des pieds, dos tacheté, boutons de toutes sortes, etc…ainsi se révèlent les adeptes de la pratique. L’aspect esthétique tant recherché en est dégradé. Encore plus grave, vergetures, extrême pilosité, acné, allergies, forte sudation mais aussi atrophie du physique, altération osseuse, diabète, hypertension artérielle, complications rénales, vieillissement prématuré de la peau sont le résultat avéré après des années de pratique incessante.

Tous ces effets, à en croire les dermatologues, sont les conséquences connues des corticoïdes, de l’hydroquinone ou de dérivés lorsque leur utilisation est prolongée.

Par définition, la dépigmentation est l’usage de produits dans le but de s’éclaircir. Un éclaircissement qui se fait par la destruction de petites cellules existant sous la peau. Ce sont ces cellules, appelées mélanines qui produisent du pigment noir et protègent la peau contre les rayons solaires et le cancer de la peau.

C’est en effet une véritable gageure lorsque l’on voit que la dépigmentation prend de nos jours une envergure inquiétante. Il est important de tirer la sonnette d’alarme quant à une pratique et une industrie des plus destructrices. La formation et l’information s’imposent évidemment à l’égard de ces conséquences et sont à privilégier par les pouvoirs publics. Urgence donc, alors que de nombreux jeunes gens en quête d’identité s’adonnent  de plus en plus tôt à la dépigmentation…qui au final n’est que poursuite d’une chimère.   

 

Carine Loubanzadio

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