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Interview. “Au Congo, les dessinateurs ont peur pour leur vie”

Publié le Dimanche 5 Mai 2019
Interview. “Au Congo, les dessinateurs ont peur pour leur vie”

Willy Zekid, de son vrai nom Willy Mouélé, vit désormais entre Paris et Abidjan, en Côte d’Ivoire. Courrier international l’a interviewé à l’occasion de l’exposition “Cartooning in Africa”, qui se tient à Addis-Abeba le 4 mai. Ce dessinateur de presse a dû fuir, à la fin des années 1990, la République du Congo (Congo-Brazzaville), où l’autocrate Denis Sassou-Nguesso sait faire taire toute voix dissidente.

Votre dessin reproduit ci-contre est-il inspiré d’une histoire réelle ?

Oui. Il y a quelques années, je tenais un blog où je publiais mes dessins sur le Congo-Brazzaville, et un jour j’ai reçu un coup de téléphone menaçant de la part d’un agent de la Direction de la surveillance du territoire (DST) du Congo. Il m’a dit que, “en haut lieu”, mes caricatures n’étaient pas très appréciées. Il m’a dit qu’il savait où j’habitais à Paris, qu’un accident était vite arrivé, et que je devais mettre un bémol. Après, je n’ai plus osé dessiner. Il a fallu que j’intègre l’équipe de Cartooning for Peace il y a deux ans pour retrouver de la confiance et de la motivation. Ensemble, nous sommes plus forts et plus en sécurité.

Quelle liberté ont les dessinateurs de presse au Congo-Brazzaville ?
Un ami m’a fait remarquer un jour que, si j’arrêtais de faire des dessins, il n’y aurait plus personne pour le faire. Au Congo, l’intimidation est telle que les dessinateurs n’osent plus rien dire ni plus rien publier. Car ils ont tout simplement peur pour leur vie. Au début des années 2000, il y a eu un nouvel élan de liberté pour les journalistes, mais il a été très vite réprimé par le pouvoir. Aujourd’hui, des militaires peuvent surgir dans votre bureau et casser tout votre matériel. Bruno Ossébi, un journaliste critique du pouvoir, qui avait été menacé par les sbires du gouvernement, a perdu la vie [en 2009] dans l’incendie de sa maison, officiellement d’origine accidentelle. La liberté de la presse n’existe pas dans mon pays. Il n’y a même pas de véritables journaux d’opposition.

La Côte d’Ivoire, où vous vivez en partie, offre un paysage différent…

Le pays a une très ancienne culture de l’autodérision. Il y a aussi une multitude de journaux, tant gouvernementaux que d’opposition, ce qui permet aux dessinateurs de presse de s’exprimer beaucoup plus librement. À l’image par exemple du journal satirique Gbich pour lequel je travaille. Ici, les politiciens tolèrent beaucoup mieux la critique que ceux du Congo.

Propos recueillis par Sébastien Hervieu

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