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Glad Amog Lemra : l’émotion comme source de l’écrit

Publié le Lundi 30 Décembre 2019
Glad Amog Lemra : l’émotion comme source de l’écrit

« Sa plume est fiel pour condamner l’ineffable. L’avilissement et l’asservissement du peuple noir. Son encre exprime sa révolte quant au rendez-vous manqué des indépendances africaines. Mais ce voyage onirique sait aussi être miel, lorsqu’il évoque avec une tendresse et une affection retenue, sa mère et son espoir de voir un nouveau soleil éclairer l’horizon du destin des Noirs et de l’Afrique », écrit Marien Fauney Ngombé en quatrième de couverture de Négritudesque, le dernier-né de Glad Amog Lemra.

Le promoteur de So’Art aurait pu ajouter : « disséqueur d’âmes » ou plutôt de son âme. Car chez Glad Amog Lemra, l’on est surpris de ce corps à corps, de ce lien étroit voire fusionnel, entre les émotions et l’écriture, comme s’il voulait revisiter Dostoïevski, connu et reconnu pour l’acuité de l’analyse psychologique dans ses romans. Chez Glad Amog donc, l’écriture relève de la retranscription de ses émotions, ça passe ou ça casse, mais son œuvre est le reflet de sa psychologie. Evidemment, le dernier livre de celui qui affiche un profil protéiforme, Négritudesque (éditions Langlois Cécile) - un livre qui regroupe trois genres littéraires à la fois : 36 poèmes d’une musicalité douce, 1 pièce de théâtre captivante, 2 nouvelles à la narration impeccable - regorge d’émotions, de la joie, la tristesse, la colère… 

« Ma poésie ! C’est tout ce qu’il y a de Vrai ! » Clame-t-il dans Négritudesque. Est-ce à dire que son cinéma, ses nouvelles, etc, sont faux ? Sa réponse est instantanée : « Mon théâtre, mon cinéma, mes romans – ou nouvelles – naissent de ma poésie. Je veux dire que l’expression de mes émotions prime ; et pour exprimer une émotion, il n’y a rien de mieux que la poésie. » Et d’ajouter, sans se départir de son sourire débonnaire : « L’écriture, pour moi, est un exutoire : un moyen de parler de tout ce qui reste dans mon ventre. Je construis mon œuvre comme un miroir. Mon reflet doit me surprendre et il arrive que je m’arrête, que je pleure devant mes écrits…» « Miroir » ! Le mot est lâché. Cet objet, « le maître des peintres » selon Leonard de Vinci, lui offre la possibilité de changer de perspective et de point de vue… Au final, une réflexion de soi et/ou sur soi.

Cet exercice, ô combien noble, n'est pas des plus faciles. Comment matérialiser ses émotions ? Pour Arnaud Desjardins, il faut au préalable une maîtrise de soi : « Si vous voulez être libre de vos émotions il faut avoir la connaissance réelle, immédiate de vos émotions. » Car le risque dans tout ça, c’est d’en être l’otage. Il peut arriver aussi que l’on ne ressente rien, que l’on n’exprime rien. Que se passe-t-il à ce moment-là ? L’art, alors, fout le camp, tel un voleur pourchassé ; difficile de « transformer les ténèbres en lumière et l'apathie en mouvement ».

Dans un deuxième temps, la forme. On ne retranscrit pas la joie et la peur, la tristesse et la colère de la même manière. Les procédés diffèrent. Et, sans les manier agréablement, on ennuie son monde. Si la joie peut se décliner avec des points d’exclamation, de suspension ou avec des envolées lyriques, ou l’hyperbole, la colère, elle, se matérialise par les sourcils qui se froncent, les yeux rouges, et les paroles violentes par exemple. Ô enchantement ! Tout ça, c’est dedant ; tout ça, c'est dans Négritudesque. Ce titre, qui aurait pu faire croire à un jugement de valeur, à un jaillissement "incessant de références culturelles au Nègre", est à fortiori trompeur. Négritudesque est une mélopée moderne. 

Déjà auteur de La Sève et de L’oreiller des lamentations, toujours chez la même éditrice, le réalisateur des films $ILENC€ et Djoli peut être fier d’avoir offert un beau cadeau de fêtes de fin d’années à ses lecteurs.
Entrecongolais.Com  

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