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Flavien Eldridge Oniangue : « Ecrire, c’est aussi se catapulter à la crête du réel »

Publié le Mardi 15 Juin 2021
Flavien Eldridge Oniangue : « Ecrire, c’est aussi se catapulter à la crête du réel »

Né au Congo-Brazzaville, Flavien Eldridge Oniangue s’est établi en Belgique en 2004. Après une longue expérience dans l’hôtellerie de luxe, il exerce désormais dans « le catering aérien ». Mais Flavien Oniangue, c’est aussi la promesse d’une écriture du réel, sans chichi. Avec, bien entendu, le souci du vrai.

En ce mois de juin 2021, il publie un recueil de six nouvelles, L’appel du pagne, aux éditions Renaissance Africaine. Des nouvelles qui se lisent vite, car fluides et concises. Si dans ce livre où finalement le non-héros est légion, le réalisme des histoires est en revanche sans équivoque. Flavien Oniangue raconte la vie de tous les jours, telles les relations conjugales ou l’accession d’un ancien chômeur en Europe à de hautes responsabilités politiques dans son pays d’origine. De ce fait, sans forcément rechercher l’effet stylistique, le narrateur (ou l’auteur) ridiculise ses personnages avec des mots simples, les rendant résigné, volage, obscurantiste, fataliste, etc. Interview.

Les six nouvelles qui composent votre recueil, L’appel du pagne, ont la particularité d’être réalistes. Ce sera votre marque de fabrique ?  

Flavien Eldridge Oniangue : tant que la société restera le terreau qui permet aux divers sentiments humains telles la compassion, la tristesse, la déception et bien d’autres, d’éclore, j’aurai toujours des choses à dire de manière simple, en l’observant. L’écriture, du moins en ce qui me concerne, ne peut se réduire à ne traduire que le possible. C’est aussi cette possibilité de se catapulter à la crête du réel afin non pas de dire la société, mais de la montrer sous tous ses aspects.

Un critique littéraire de renom a écrit qu’une nouvelle réussie est une nouvelle sous tension. Attardons-nous sur une nouvelle qui paraît moins inaboutie, une nouvelle où la tension est permanente : « Réminiscence ». On a l’impression d’être au Congo, non ? (D’ailleurs, trois de vos nouvelles ont pour cadre le Congo).

FEO : ce sont des faits que nous pouvons observer dans tous les pays d’Afrique noire et du Maghreb. J’ai vécu assez longtemps au Congo, mon pays natal, il n’est donc pas impossible qu’il soit la source de mon inspiration. Un homme devenu riche à la faveur de son poste ministériel et de préfet alors qu’il chômait en Europe… Une femme « à la limite de la dépression derrière sa muraille de négativité », d’obscurantisme, sous influence d’une église de réveil… Dans l’éclat de ses idées noires, elle découvre que son mari fait partie d’une confrérie qu’on accuse de pratiques sataniques…

Est-ce l’auteur qui tente de dénoncer cet obscurantisme qui a pris possession du Congo ?...

FEO : j’ai fait le choix du style direct au lieu du style indirect libre qui aurait forcément éteint les soupçons de collisions entre l’autre et le narrateur. Mais un choix délibéré. Judicieux ? Je préfère laisser le dernier mot au lecteur. De sa critique s’opèrera un autre choix de style ou le même pour la suite. Et puis, c’est humain de fantasmer sur des choses dont on n’a pas accès. Mais, ce qui est paradoxal au Congo, c’est cette tendance à croire que tout ce qui est discret est forcément nocif alors que dans le même temps, nous brillons par des anti-valeurs de manière ostentatoire, tous les jours.

Revenons au fond ! Vous avez réussi, et cela mérite d’être souligné, les portraits des deux protagonistes dans cette nouvelle, « Réminiscence ». Car au-delà de leur caractérisation, vous avez brossé leur portrait psychologique et moral : volage et antidogmatique pour Gulubi, le mari ; soumise et croyante en Dieu pour Suzy, la femme. Que pensez-vous des églises de réveil ? Un danger qu’il faille combattre ? Les églises de réveil, à priori, détruisent plus qu’elles ne réveillent les consciences…

FEO : je pense que les églises de réveil devraient aider les adeptes à élever leur conscience plutôt qu’à créer des problèmes dans les foyers et les familles. Mais que gagneraient-elles dans une société apaisée ?

Diriez-vous que Suzy ressemble à Daouda de la première nouvelle, en ce que ce dernier est résigné ?...

FEO : la famille est la cellule la plus importante de la société. Nous sommes tous le fruit de notre éducation à l’instar de Suzy et Daouda dont l’enfance a vraisemblablement influencé la vie d’adulte.

A propos de Daouda, il s’agit là-aussi d’une réelle tragédie, très profonde, ayant perdu femme et enfants durant la traversée de la Méditerranée. Comment analysez-vous la tragédie que vivent ceux des Africains qui tentent cette aventure ? Quel lien avec l’autre nouvelle intitulée « Elections tropicales » ?   

FEO : je pense que l’absence de liberté et la pratique d’une politique saine axée sur la démocratie sont les points de jonction de ces deux nouvelles. Le bonheur n’est pas l’apanage de ceux qui résident sur des aires géographiques éloignées de l’Afrique. Ceux qui ont la charge d’administrer la cité chez nous doivent aider les jeunes à trouver le bien-être sur le continent africain. Sinon, nous continuerons de verser des larmes sur des tragédies comme celle que vivent les migrants en tentant de défier la Méditerranée.

Quel regard portez-vous sur la littérature congolaise ? Votre prochaine publication a toujours pour registre le réalisme ? 

FEO : la littérature congolaise est très riche et se renouvelle très bien avec des jeunes écrivains et éditeurs de talent.

Entrecongolais.com

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