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Festival des littératures Atlantide : entretien avec Alain Mabanckou

Publié le Mercredi 27 Février 2019
Festival des littératures Atlantide : entretien avec Alain Mabanckou

À l’occasion du Festival des littératures Atlantide qui se déroulera à Nantes du 28 février au 3 mars 2019, nous avons interrogé le directeur artistique de l’événement, Alain Mabanckou, qui nous présente le programme de cette grande manifestation. Romancier, poète et essayiste franco-congolais, Alain Mabanckou est l’auteur de onze romans traduits dans plus de vingt langues. Militant convaincu de la francophonie, il rend hommage dans Le Monde est mon langage (Grasset, 2016) aux ambassadeurs de la langue française dans leur grande diversité. En 2016, il a été le premier écrivain nommé professeur au Collège de France à la Chaire de Création artistique.

Alain Mabanckou, on vous définit comme l’ambassadeur d’une littérature-monde et vous dédiez la 7e édition du Festival Atlantide aux mots du monde… de quoi décloisonner les frontières, créer des ponts, confronter les regards… Un tour de force que seules les littératures peuvent selon vous accomplir ?

La littérature est une histoire de ponts. Décloisonner reste le verbe qui gouverne la ligne éditoriale de ce festival.  Cette 7e édition est placée sous le signe de l'ouverture au monde, comme d'ailleurs les précédentes éditions. Nous pensons que la littérature demeure une des voix essentielles de la reconquête de notre humanisme. Et c'est pour cela que j'ai accepté la direction artistique de ce festival depuis l'année dernière. 

David Diop, Souleymane Bachir Diagne, Séverine Kodjo-Granvaux, Dany Laferrière, Pascal Blanchard, Taiye Selasi font partie des auteurs que vous avez convié pour cette édition 2019, quel est le fil rouge de cette sélection ?

Le fil rouge de cette sélection est sans doute les questions que posent ces auteurs dans leurs œuvres. Je connais personnellement les invité(e)s et la plupart font partie de mes coups de cœur. Entre les historiens, les philosophes et les romanciers, il existe un espace de dialogue, et c'est cet espace qui réunit ces auteurs. 

Gauz, auteur de Debout Payé (Le Nouvel Attila, 2014) et de Camarade Papa (Le Nouvel Attila, 2018), et Souleymane Bachir Diagne, éminent philosophe sénégalais, se prêteront à l’exercice de la conservation sur le thème « Relire l’histoire coloniale » le samedi 2 mars 2019 à 13h00. Qu’attendez-vous de cet échange ? 

J'attends de cet échange l'évocation des sujets qui « fâchent », mais qui sont utiles à la reconstruction de notre histoire commune. La France demeure réticente lorsqu'il s'agit de rappeler son histoire coloniale et il est urgent que les romanciers, les philosophes et les historiens prennent leur « responsabilité » intellectuelle. Je me réjouis donc de la présence de ces voix importantes de notre conscience postcoloniale.

Vous engagerez également la conversation avec  Dominic Thomas, professeur en littérature comparée, directeur du département d’études françaises et francophones à UCLA (États-Unis) sur le thème  « Du sexe, de la race et des colonies » le samedi 2 mars 2019 à 17h00. Cette conversation thématique fait écho à la parution de l’ouvrage Sexe, race & colonies. La domination des corps du XVe siècle à nos jours aux Éditions La Découverte en 2018 et dont la réception a été vive, soulevant de nombreux débats.  Souhaitez-vous poser les bases d’un vrai dialogue postcolonial ?

Sexe, race & colonies. La domination des corps du XVe siècle à nos jours  est un ouvrage capital dans la lecture de notre histoire commune. La somme des images est impressionnante, et les interrogations des différents chercheurs croisent nos questionnements dans cet ouvrage. C'est peut-être le livre le plus ambitieux et le plus courageux de ces dernières années. Cela explique sans doute les polémiques qui ont entouré la parution de l'ouvrage. J'en suis heureux car les grands livres sont ceux qui nous horripilent d'abord, puis s'installent comme une étude prémonitoire de nos inquiétudes. C'est un livre qui devrait être dans toutes les bibliothèques.

Poser la question des images et des imaginaires de la sexualité (post)coloniale permet-il de comprendre les travers les fantasmes, les inconscients et les stéréotypes actuels ? En quoi est-ce nécessaire aujourd’hui ?

Déconstruire les préjugés, montrer les images, même les plus « polémiques », tout cela relève de la quête de notre passé pour comprendre notre présent et fonder les soutènements de notre avenir. Les fantasmes ont la peau dure, mais la Mémoire finit par émerger. À nous de lutter contre les stéréotypes, et le monde colonial en compte tellement ! La sexualité est assurément un des domaines de ces stéréotypes. En analysant les fantasmes du colon, on arrive à relire autrement nos relations et notre manière de penser l’« Autre ». C'est ce que nous enseigne au fond Sexe, race & colonies. La domination des corps du XVe siècle à nos jours.

Propos recuellis par Achac - Groupe de recherche               

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