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Dr Thierry-Paul Ifoundza : « Avec Sassou, c’est l’hôpital qui se moque de la charité »

Publié le Jeudi 17 Janvier 2019
Dr Thierry-Paul Ifoundza : « Avec Sassou, c’est l’hôpital qui se moque de la charité »

Ce jeudi 17 janvier dans  la capitale éthiopienne, Addis Abeba, seize chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine se rencontrent dans le cadre d’une réunion de "haut-niveau" sur la situation de la RDC. Cette initiative, précédée de plusieurs consultations internes de la SADC (Communauté de développement des Etats de l’Afrique australe), vient du président de la République du Rwanda et président en exercice de l'Union africaine, Paul Kagame.

La RDC est en pleine crise postélectorale. C’est dans ce contexte pour le moins chaotique que la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL), par la voix de son président en exercice Denis Sassou Nguesso, a appelé les responsables de la RDC voisine à mettre en place un recomptage des voix. Et de poursuivre que les résultats des législatives (nationales et provinciales) sont l’objet de nombreuses contestations susceptibles de jeter le discrédit sur les efforts réalisés en RDC. Et que pour détendre le climat politique actuel, et apporter de la crédibilité au processus électoral, un recomptage des voix était nécessaire. Il n’en fallait pas plus pour faire bondir le docteur Thierry-Paul Ifoundza, président de l’ACB-J3M (Actions pour le Congo-Brazzaville avec Jean-Marie Michel Mokoko). Interview.  

Pour vous, le président du Congo, Denis Sassou-Nguesso, s’apparente à l’hôpital qui se moque de la charité. Pourquoi ?

Dr Thierry-Paul Ifoundza : j’ai été estomaqué d’entendre Denis Sassou-NGuesso, président autoproclamé du Congo-Brazzaville, demander un recomptage des voix pour les élections présidentielles tenues en décembre dernier en République Démocratique Congo. Quelle incongruité ! Je dirais même que c’est l’hôpital qui se moque de la charité...

Cet appel au recomptage des voix n’est-il pas une démarche louable et souhaitable afin d’éviter le chaos en RDC ?

TPI : sans doute que c’est l’une des solutions possibles au chaos politique en RDC ! Mais j’aimerais vous citer Albert Camus dans son livre Les justes : « C’est facile, tellement facile de mourir de ses contradictions que de les vivre. » Pourquoi je dis cela ? Eh bien, vous n’ignorez pas que Denis Sassou-Nguesso, au pouvoir au Congo-Brazzaville depuis quarante ans, grand spécialiste des coups d’État militaires et anticonstitutionnels, a modifié à maintes reprises ses « propres Constitutions » pour s’accrocher au pouvoir. La dernière en date remonte à octobre 2015 où il a mis en place une nouvelle Constitution à l’issue d’un référendum contesté par les partis politiques d’opposition et la majorité de la population. Il s’en est suivi des élections présidentielles anticipées le 20 mars 2016. N’ayant pas récolté la majorité des suffrages exprimés, il coupa pendant plusieurs jours les réseaux, la téléphonie mobile, l’internet,etc, et installa un dispositif militaire sans précédent dans les grandes villes du Congo-Brazzaville avec des véhicules blindés et chars aux quatre coins des rues, puis s’autoproclama nuitamment vainqueur de ces élections présidentielles. Pire encore, pour camoufler ce hold-up électoral, il fabriqua de toute pièce un conflit armé dans un des départements du Congo, le Pool, jeta en prison ses opposants politiques dont le général Jean-Marie Michel Mokoko, véritable vainqueur des élections de mars 2016. Alors pourquoi demander à ses voisins ce que lui-même a refusé ?

Pour vous, Denis Sassou-Nguesso manque de légitimité pour parler de la RDC. Mais beaucoup de chefs d’Etat qui se sont rendus à Addis-Abeba sont dans son cas…

TP : c’est vrai ! Sauf que certains de ces tripatouilleurs ont une certaine légitimité dans leur pays, ce qui n’est pas le cas de Denis Sassou-Nguesso au Congo. Par ailleurs, Sassou demande au nouveau président, proclamé par la Ceni, de former un gouvernement d’union nationale. Mais de quoi se mêle-t-il ? A-t-il formé, lui, un gouvernement d'union nationale ? Pourquoi est-il tant préoccupé par les problèmes de la RDC alors que sa propre maison brûle ? De plus, il maintient toujours en prison ses rivaux politiques, Jean Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa – dont le procès devait démarrer aujourd’hui. Sassou « a lui-même le défaut qu'il reproche à autrui, or pour être en mesure de dénoncer les torts d’autrui, il faut soi-même être irréprochable. »

Lire aussi : https://www.entrecongolais.com/thierry-paul-ifoundza-le-depart-de-denis-...

Que dîtes-vous de la victoire de Félix Tshisekedi ?

TPI : manifestement, les hommes politiques de la région des grands Lacs n’arrêtent pas de nous étonner avec leurs ‘’innovations" en matière de démocratie. J’ai été une fois de plus surpris de voir Félix Tshisekedi s’approprier d’une victoire dont il n’est pas le gagnant. Les mots me manquent pour qualifier cela. De mon point de vue, il ne pourra pas exercer pleinement les fonctions de Chef de l’État parce qu’il ne sera pas à l’aise avec sa conscience. La complicité avec le camp de Joseph Kabila est  criarde et frôle même l’insoutenable. L’alternance démocratique et politique tant attendue en RD Congo ne sera pas au rendez-vous. Avec ses mains liées au camp Kabila, Félix Tshisekedi ne sera qu’un figurant. Je ne m’attends donc pas à de grands changements tant en matière de démocratie, de respect des libertés fondamentales qu’en matière de développement économique chez nos frères de l’autre rive.

Pour finir, que vous inspire l’acquittement de l’ancien président Ivoirien Laurent Gbagbo ?

TPI : je me réjouis de cet acquittement. Je salue le peuple ivoirien qui n’a ménagé aucun effort pour réclamer la libération de leurs compatriotes, victimes d’un complot à grande échelle. Gbagbo et Blé-Goudé n’avaient commis aucun crime contre l’humanité. Je salue particulièrement le courage de cet homme intègre, Laurent Gbagbo, qui a défendu l’honneur de l’Afrique.

Cet acquittement rebat donc les cartes politiques en Côte-d’Ivoire ?

TPI : absolument ! Il a un rôle à tenir. Il est à l’image, dans une moindre mesure, du Général Jean-Marie Mokoko qui croupît toujours dans les geôles de Sassou-Nguesso. Laurent Gbagbo et Jean-Marie Michel Mokoko sont des personnalités  charismatiques. Par leur singularité, ils doivent prendre la destinée de leurs pays, du moins exprimer leurs convictions sans crainte d'être incarcerés. Je ne vois pas comment ils pourront déroger à cette obligation. Autrement, leur combat n’aura servi à rien. « Quand on a l'honneur d'être vivant, on s'exprime ! », disat Clémenceau

Ils sont assez âgés ! En auront-ils encore la force ?

TPI : Georges Clémenceau avait 76 ans quand il est revenu au pouvoir en 1917, pour sauver la France de la guerre. Béji Caîd ESSEBSI, 93 ans, est l’actuel président de la Tunisie. La limite d’âge ne s’applique à des Hommes d’exception. Bonne année à tous !

Propos recueillis par Entrecongolais.com

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