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Congo-B-Un jour, une opposante : Claudine Munari, l’éclipse totale

Publié le Jeudi 27 Juin 2019
Congo-B-Un jour, une opposante : Claudine Munari, l’éclipse totale

Tour à tour directrice de Cabinet du président Pascal Lissouba, puis ministre du Commerce et des Apprivisionnements sous Denis Sassou-Nguesso, Claudine Munari a rejoint l’opposition en 2015, à la suite du changement de la Constitution de 2002. Propulsée présidente de la plate-forme FROCAD-IDC, elle peine à exister. Coups de griffes.

« Claudine Munari, c’est le verbe terne. Ou, si vous voulez, la passion de la litote et de l’euphémisme. Un robinet d’adjectifs et compléments d’objet lénifiants, qui n’ébranlent personne », assène un observateur avisé de l’univers politique congolais. Si Claudine Munari est à l’image de la classe politique congolaise, c’est-à-dire dotée d’une capacité extraordinaire de diagnostic, elle pèche en revanche par son incapacité à manier l’hyperbole politique, à susciter l'espoir par l’articulation discursive. Avec elle, c’est la garantie de l’encéphalogramme plat.

L’ex-députée de Mouyondzi dans la Bouénza pourra toujours prétexter l’ostracisme médiatique dont sont l’objet certains opposants. Mais « en 2019 on ne peut plus parler de médias nationaux pour communiquer. Les nouvelles technologies abondent et, au quotidien, il est possible de pondre des critiques ou des idées. A défaut d’alimenter des comptes Facebook, Twitter, Youtube, elle pourrait se servir des tracts ou du bouche-à-oreille », propose un militant du Frocad. Et d’ironiser : « Etre interviewée par Télécongo, c’est mourir puisque la Chaîne nationale ne dispose d’aucun journaliste, il n'y a que de lecteurs de communiqués des ministres ou des députés. Claudine Munari ne devrait donc pas se plaindre de son absence sur cette Télé primaire. »

Depuis l’extinction par le vice-président du Congo et par ailleurs ministre de l’Intérieur, Raymond Zéphyrin Mboulou, des partis d’opposition dite radicale, la présidente du MUST (Mouvement pour l'unité, la solidarité et le travail) est dépassée, ne sachant plus quoi faire. Elle a disparu des radars et, entre temps, elle s’est contentée de dénoncer le pouvoir sanguinaire et autocrate de Sassou, sans propositions percutantes. Or le fait que Mboulou ait rendu illégale la plateforme FROCAD-IDC constituait une occasion en or pour tenter un nouveau rapport de force. Hélas ! La mort officielle du FROCAD-IDC n'a pas été suivie d'envie d'enfanter à nouveau, peut-être parce que le spermatozoïde politique a fait défaut. Elle n’a pas su tirer profit de cet évènement. Pourquoi ne pas avoir fait du boucan ininterrompu ou verser dans la victimisation ? C’était l’occasion de montrer définitivement le gangstérisme du pouvoir de Brazzaville. Rien de tel. Eh oui, n’est pas politique qui veut. Le drame au Congo, c’est que beaucoup sont devenus députés ou ministres par chance, ils se trouvaient juste au bon endroit au bon moment. S’ils n’ont pas une consanguinité biologique avec le clan au pouvoir. Au Congo, peu d'hommes politiques sont nés d'eux-mêmes.

Sous Sassou, pas de Brutus

Très souvent, Claudine Munari se trompe de domaine. En un instant, elle peut devenir rêveuse. Illustration : « Un pays où le travailleur reçoit chaque mois un salaire digne est possible/Un pays où les retraités perçoivent leurs pensions sans tracasseries est possible/Un pays où les étudiants ont droit à leurs bourses est possible/Un pays où les enfants ont accès au savoir est possible/Un pays où la population a droit aux soins de santé de qualité et en quantité est possible ». Qui ne sait pas tout ça ? Accéder aux soins, à l’éducation, etc, est un droit fondamental. Le but de tout projet politique. Le problème, c’est de savoir comment parvenir au pouvoir pour mettre en œuvre ce projet. En politique, c'est le moyen que la fin qui compte. De la stratégie de bouter Sassou et son clan mafieux, la présidente du MUST n’en dit mot. Elle se contente parfois de l’émotion : « La fermeture du CHU a été un drame national. Elle nous porte à nous regarder dans le miroir et à nous interroger sur ce que nous sommes devenus pour tout supporter, tout comprendre et tout expliquer : certains en rient même pour ne pas avoir à en pleurer », dit-elle dans l’un de ses discours soporifiques.

A y regarder de plus près, le cas Munari n’est pas isolé. L’ancienne ministre du Commerce et des Approvisionnements est comme d’autres hommes politiques accouchés par Sassou. Assumant un rôle beaucoup plus administratif que politique sous Lissouba, c’est Sassou qui la crée ministre. A l’image de Guy-Brice Parfait Kolélas. (Pascal Tsaty-Mabiala, lui, reste l’exception. Toutefois, ministre sous Lissouba, il n’existait pas face à la bande des quatre : Mbéri-Moungounga-Tamba-Tamba-Moukouéké. Et c’est Sassou qui, en quelque sorte, le crée : le président puthsiste l’a imposé à la tête de l’UPADS (Union panafricaine pour la démocratie sociale) et l’a désigné Chef de file de l’opposition).

Tous ces hommes sont redevables à Sassou, le père de tous – son règne commence en 1963. L’insurrection ne viendra donc pas d’eux. Ils n’en ont pas les moyens. Les blâmer relèverait de la malhonnêteté intellectuelle, dans la mesure où chacun sait ce qu’ils doivent à Sassou. Le Brutus congolais n'est peut-être pas encore né.

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