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Congo-B-Tribune : le monde selon Jacqueline Lydia Mikolo

Publié le Mercredi 24 Juin 2020
Congo-B-Tribune : le monde selon Jacqueline Lydia Mikolo

La ministre de la Santé et de la Promotion de la femme du Congo-Brazzaville, Jacqueline Lydia Mikolo, est en première ligne durant cette pandémie de la Covid-19. Mais dit-elle la vérité sur la gestion de la Covid-19 ?

Le flou artistique sur la gestion de la corona au Congo

Le Gouvernement congolais n'a qu'à nous dire la vérité sur l'expansion de la pandémie de la Covid-19 au Congo ! Car, tous les jours, les décès se succèdent. Si l’on connaît quelques célébrités qui ont été emportées parce virus (hier c’était l’ancien syndicaliste Bokamba Yangouma qui a succombé à la Covid-19, aussitôt  inhumé ce mercredi 24 juin 2020, jour où le journaliste Mfumu Fylla Saint-Eudes est à son tour décédé des suites de ce même virus), on ignore le nombre d’anonymes morts de la Covid-19 : le flou demeure entier sur les chiffres et la gestion de la catastrophe. La population ne sait pas à quoi s’en tenir. Combien de personnes diagnostiquées positives au coronavirus et qui sont mortes d’autres pathologies ? Tout est géré dans l’opacité, la population mise au pas. Les populations meurent faute de soins adéquats, et par déficit d'information ! Pendant ce temps le gouvernement ne ménage aucun effort pour distribuer des macaronis, des morceaux d’ébémbé y’Adoula (cadavre d’Adoula), de l’huile et de la tomate et sans doute des « mosomba ya dinde » (anus de dinde) sans songer à généraliser la distribution des masques, les tests de dépistage et à placer des bidons de gel hydroalcoolique devant chaque parcelle ou alors à chaque carrefour ou par bloc de parcelles.

La passion des dons, la phobie de la vérité

Pourquoi le gouvernement congolais, par le biais de la ministre de la Santé Jacqueline Lydia Mikolo, nous cache-t-il la vérité sur la réalité des ravages de la pathologique dans notre pays ? Mimant la France, on nous dit officiellement que le nombre de morts de la covid-19 est stabilisé. Or il ne se passe pas un jour sans que des décès ne soient annoncés sur les réseaux sociaux. Où se situe la vérité ? L’ambiguïté dans le discours officiel n’étonne personne dans un système où falsifier l’information est la règle. Mais à quelles fins ? Des aides pour barrer la route à la pandémie ont été reçues de partout y compris de ceux là-même qui contribuent à enfoncer notre peuple dans la plus noire des misères ! La télévision nationale nous montre tous les jours des cérémonies de remise de dons : où passent ces dons ? Au début de la pandémie, on nous a pris pour des myopes-astigmates en nous présentant des chèques géants destinés à renflouer le fonds de solidarité ; qu’a-t-on fait des sommes inscrites sur ces chèques ? Sauf à nous révéler qu’il ne s’agissait que de chèques en carton !

Le Journal télévisé du 22 juin 2020 fait état de 1087 cas de personnes touchées par le virus dont 456 guéris, 594 patients pris en charge et 37 décès !!! Mais aucune image d’un seul patient en salle des soins intensifs comme cela s’est passé dans tous les pays que le Congo n’arrête pas de mimer ; même la Chine avait diffusé les images des patients en soins intensifs ! Et le plus curieux de tout c’est qu’on n’a jamais vu un seul des 594 malades guéris alors que connaissant la mentalité de chez nous, les « Alléluia ! Gloire à Dieu ! » auraient fuser de partout à l’annonce d’un seul cas de guérison !

Les autorités congolaises ne se rendent-elles pas compte que toutes ces informations qu’ils distillent à compte-goutte, pires que pour les gouttes qui tombent des poches de perfusion du glucose au CHU de Brazzaville, soulèvent de plus en plus de questionnements auxquels elles seront tôt ou tard obligées de répondre ? En voici un échantillon : (i) quel est le traitement administré aux 456 guéris ? Est-ce le fameux « Tchioko » dont on parlait dans tous les foyers congolais ? Est la chloroquine, ou alors le fameux Covid Organic à base d’artémisia qui a frayé la chronique ? (ii) quelle est la tranche d’âge des 37 décès ? Partout ailleurs on a su que la pandémie emportait essentiellement les personnes du 3ème âge, les Seniors : qu’en est-il donc au Congo ? Car si on a pu énumérer 37 décès c’est qu’on a pu au moins voir les corps et deviner (pour ne pas dire connaître) leur âge ! (iii) les 594 patients pris en charge le sont avec quel traitement, quel matériel puisque ce n’est que le 21 juin 2020 qu’on nous a annoncé au Journal télévisé que l’Etat va réceptionner 30 respirateurs dont 13 seraient déjà arrivés dans le pays ? Qu’on nous dise au moins comment se fait la prise en charge des patients sans les respirateurs ?

Copier-Coller

C’est une tautologie que de dire que les Congolais souffrent le martyr depuis le début du confinement sauvage du pays avec pour principal adversaire les forces dites de l’ordre qui, en réalité, ne sont que des forces du désordre. Les mauvaises langues disent que ce gouvernement fait du copier-coller de ce qui se fait en France. Comme chez tous les copistes, on jette un coup d’œil rapide sur l’original qui se trouve chez le voisin et on reproduit chez soi sans s’encombrer des détails d’une adaptation même inadéquate. Quand la France annonce enfin le début du déconfinement, le gouvernement congolais s’apprête à faire pareil sans se demander si la pandémie au Congo a déjà atteint le plus culminant et si la courbe des affections avait amorcé une trajectoire descendante ! La semaine supplémentaire de confinement annoncée n’y changera rien.

Les faux malades, les vrais malades

On se rappelle la mise en scène des autorités sanitaires pour exhiber « la dame guérie » du coronavirus à l’hôpital Adolphe Cissé de Pointe-Noire, sous les applaudissements des médecins. Il est curieux que dans un pays où le nombre de personnes guéries s’élèvent à 456, une seule personne ait pu être présentée à la télévision congolaise pourtant prolixe à l’extrême lorsqu’il s’agit de recevoir des dons même insignifiants.

Tristes scénarios où les rapports de force politique se mélangent avec les mesures préventives, les bien-portant imaginaires bénéficient du népotisme ambiant tandis que les malades imaginaires sont confinés de force, voire abandonnés aux portes de la mort comme ce fut le cas pour la jeune Chloé Bafouindi Nsoni. Difficile dans ces distinctions arbitraires d’endiguer la propagation d’un mal dont on n’a pas circonscrit les foyers faute de méthodologie sanitaire.

Que les chiffres concernant la pandémie soient falsifiés au Congo ne trompe plus personne. Et, hélas, le diable seul sait le nombre réel de personnes atteintes du coronavirus au Congo et combien de malades imaginaires, de guérisons réelles et de pseudos trépassés dans ce petit pays de l’Afrique centrale aux grands sinon immenses problèmes. La ministre de la Santé a beau gesticuler, elle sait que le monde fonctionne autrement. Tôt ou tard, ça va se savoir.

Alfoncine Nyélénga Bouya

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