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Congo-B : Sassou fait souffrir agréablement ses ministres

Publié le Samedi 24 Août 2019
Congo-B : Sassou fait souffrir agréablement ses ministres

Le poète écossais Robert Burns 1759 – 1796) avait coutume de dire que “Le suspense est pire que la déception.” Il n’avait pas tort. Trois siècles plus tard, sa phrase trouve toute sa beauté dans la tête des ministres congolais en ce mois d’août 2019…

Habitués à aller en vacances au mois d’août, les ministres congolais sont (enfin) chez eux, à Brazzaville, au grand complet. Personne ne manque à l’appel. Beaucoup refusent d’aller même à un sommet, colloque ou forum à l’étranger, cette distraction dont ils raffolent. Or à cette période de l’année, surtout après les festivités du 15 août, les uns auraient dû se trouver au bord de la mer en Europe ou quelque part en Afrique de l’Ouest ; les autres en Asie ou en Amérique, en train de se reposer après une année de paresse. Que se passe-t-il ?

Retour en arrière. Il y a quelques semaines, le Congo-Brazzaville a signé le fameux accord tant espéré avec le FMI (Fonds monétaire international). En contrepartie, le Congo doit respecter certaines mesures imposées par l’institution de Breton Woods. Parmi elles, la réduction du train de vie de l’Etat. Evidemment, dans un pays de quelque cinq millions d’habitants, le gouvernement est immensément pléthorique. Des ministres qui ne servent à rien et dont la seule mission se résume à des audiences, à des voyages à travers le monde. Et, à chacune de ces futilités, l’argent sort du Trésor. Résultat des courses : les caisses se vident. Et les Congolais en payent le prix fort. Pas de pensions de retraite, pas de régularité de salaires ni de bourses d'étudiants, etc.

Le Premier ministre dormeur, Clément Mouamba, dans une séance à l’Assemblée nationale, a donc employé une formule qui va rester dans les annales politiques : le Congo va constituer « un gouvernement de guerre ». Une métaphore doublée d’une ellipse. A quoi a-t-il fait allusion, Son Excellence monsieur le Premier ministre ? Il n’a pas développé sa pensée, non. Sous-entendu : le gouvernement qu’il dirige n’est pas assez combatif ou guerrier pour remporter quelque victoire. Mais alors, à qui la faute ? N’est-il pas Général de division, lui, Clément Mouamba ? Sous d’autres cieux, il aurait démissionné par ce simple aveu d’échec. Mais au Congo le mot « démission » n’existe pas. Quoi qu'il en soit, sa formule a eu pour conséquence immédiate de troubler la sérénité de la majorité des ministres qui, à tort ou à raison, se voient éjecter de la prochaine équipe (inutile) qui ira au front. Décodons la pensée de Clément Mouamba : aucun doute il a fait allusion à la lutte contre la corruption, une lutte définitivement illusoire, tant le corrupteur reste le seul maître à bord. « Tant que Sassou sera là, il ne sert à rien de se faire des illusions, c’est comme demander à un parrain de la mafia de supprimer ses subordonnés, ses dealers », constate, amer, un homme politique de la voyoucratie congolaise. Et d’ajouter : « La seule révolution que provoquerait Sassou, ce serait la mise au placard des gens comme Jean-Jacques Bouya, Gilbert Ondongo et… ses enfants. Or tout ce beau monde constitue les affluents de sa famille mafieuse. »

On l’aura compris, Sassou ne remportera pas la bataille de la corruption, à l'instar d'autres batailles qu'il a toujours perdues. « Le gouvernement de guerre » tant attendu ne sortira pas le Congo dans le chaos dans lequel le pays reste encalminé. Et pourtant… Des ministres souffrent moralement et psychologiquement de savoir s’ils feront partie ou pas de l’équipage du navire-Congo qui naviguera, comme à l’accoutumée, à vue. « J’en connais trois, deux femmes et un homme, qui passent des nuits blanches, le téléphone collé à l’oreille pour savoir s’ils seront reconduits ou pas. Croyez-moi, ils vivent un moment dramatique, le fait d’attendre. Si Sassou éjecte par exemple Adélaïde Mougani, il prendra le risque d’un nouveau cas de conscience : elle va se suicider car elle n’a jamais su faire autre chose que savourer les claquements de portière et les protocoles », s’amuse un ancien directeur de cabinet. D'autres ministres ont promis de se tirer une balle dans la tête si Sassou les écarte du "gouvernement de guerre". L'homme des masses devra se faire rédiger des oraisons funèbres en pagaille pour ses ex-ministres inutiles.  

A vrai dire, le président-putschiste du Congo aurait fait un grand dramaturge. Il a, en effet, cette capacité à susciter de l’angoisse chez ses personnages-marionnettes. Il sait tirer les ficelles, nouer une trame. Mais l’homme d’Oyo a toujours manqué de talent pour la chute. Très souvent dans ses pièces de théâtre, la fin n’est pas surprenante. Elle est connue d’avance. Quel dommage !

Pour ceux des ministres qui ne dorment plus, ils souffrent pour rien. Il n’y aura pas de « gouvernement de guerre », mais un gouvernement de « défaits ». C’est-à-dire de « pseudos-soldats ».

Julienne Oboura-Mbouala  

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