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Congo-B : Pointe-Noire toujours dans la tristesse malgré le pétrole qui coule à flot

Publié le Vendredi 27 Décembre 2019
Congo-B : Pointe-Noire toujours dans la tristesse malgré le pétrole qui coule à flot

La République du Congo, où le parti au pouvoir tient son congrès de vendredi à lundi, se débat toujours dans la crise économique malgré des records de production pétrolière, la principale richesse du pays. A Pointe-Noire, le moteur économique du pays, Deschagrains Ebeh se demande combien de temps sa société de veille technologique va encore subir les effets de la chute des cours amorcée en 2014.

“Cela fait quatre ans que nous n’avons pas fait de bénéfices”, affirme le directeur-gérant de De-Network, un sous-traitant des grands noms de l’industrie pétrolière qui ont fait la fortune de Pointe-Noire pendant 50 ans, à commencer par le français Total. Comme tout le Congo (cinq millions d’habitants), le jeune entrepreneur a subi la baisse des prix du baril, qui ont mis l‘économie par terre à partir de 2014. Informatique, vidéo-surveillance, formations, audit et conseil, conception web, call-center : sa carte de visite annonce douze activités. Pour ne plus dépendre du tout-pétrole, l’ingénieur certifié Microsoft a diversifié ses activités. “Ça ne compense pas la perte du chiffre d’affaires parce que les particuliers n’ont pas les moyens des entreprises”, raconte l’entrepreneur de 37 ans.

M. Ebeh a aussi ouvert un espace de co-working pour partager un loyer d’environ 1.000 euros par mois. Il a réduit ses effectifs à une petite dizaine de personnes : “Je suis directeur gérant et directeur technique. Face à la crise, je cumule les deux fonctions. Un directeur, ça coûte cher”.

Nouveaux gisements

“On a perdu 50% de nos clients et 60% de notre chiffre d’affaires”, affirme M. Ebeh, nostalgique de la “grande époque 2014-2015” et son chiffre d’affaires estimé à “500 millions” (750.000 euros). “Avec la crise, Total, principale entreprise de Pointe-Noire, a renégocié à la baisse tous ses contrats avec ses sous-traitants”, analyse le président de la Chambre de commerce et de l’Industrie (CCI), Sylvestre Didier Mavouenzela. “Cinquante mille emplois ont été perdus entre 2014 et 2017. De nombreux expatriés sont rentrés à la maison”, ajoute-t-il, en comparant chaque expatrié à “une TPE qui emploie un gardien, un chauffeur, un jardinier”. Autant de petits boulots informels en moins.

Les locomotives de la région sont de nouveau sur les rails. Les pétroliers (Total, l’italien Eni, Perenco et un chinois, Wing Wah) battent des records de production avec 350.000 barils par jour, grâce à l’exploitation de nouveaux gisements (Moho Nord pour Total depuis 2017). Autre fleuron, le port autonome de Pointe-Noire (PAPN) affiche un trafic en augmentation, à 900.000 conteneurs cette année, contre 800.000 l’année dernière. Des signes de bonne santé qui ne profitent pas à l‘économie locale. Partagées avec l‘État congolais, les recettes pétrolières sont d’abord destinées à éponger la dette publique, dans le cadre d’un accord avec le FMI. Et la plupart des conteneurs de marchandises ne font que transiter vers les autres ports de la région (Matadi en RDC, et Libreville).

“Pas touché le fond”

“On en est au troisième plan social depuis deux ans. En 2015, on avait 1.100 personnes. A la fin de l’année, on sera à moins de 700”, indique Christophe Pujalte, le directeur régional du groupe Bolloré Transport et Logistics, l’un des principaux opérateurs du port. “Cela fait cinq ans que les entreprises serrent les dents. Et je crains que nous n’ayons pas touché le fond. L’année 2020 s’annonce complexe”, observe un bon connaisseur du secteur privé local.

L‘État congolais n’a pas commencé à rembourser sa dette aux entreprises. Et le FMI vient de geler le versement de la deuxième tranche de son prêt. Les acteurs de l‘économie dénoncent des “décisions anti-économiques” comme l’instauration d’un tarif de péage exorbitant pour la route entre Pointe-Noire et Brazzaville (plus de 300 euros par camion pour plus de 500 km). “On a, je pense, la nationale la plus chère du monde”, soupire un opérateur privé.

Ils dénoncent aussi la corruption, “le harcèlement fiscal et douanier” des entreprises. “Nous avons été marxistes-léninistes à un moment. Nous avons une approche socialisante de l’entreprise”, regrette le président de la CCI de Pointe-Noire, à l’heure où le Parti congolais du travail (PCT) tient son cinquième congrès de vendredi à lundi à Brazzaville. Et l’approche des élections de 2021 ne rassure personne.

En 2016, la réélection du président Denis Sassou Nguesso avait entraîné des troubles à Brazzaville et un conflit armé dans la région du Pool qui a paralysé le trafic des trains de marchandises sur l’axe Brazzaville–Pointe-Noire.

AFP

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