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Congo-B : Pascal Tsaty-Mabiala, le bon sens

Publié le Vendredi 27 Décembre 2019
Congo-B : Pascal Tsaty-Mabiala, le bon sens

Député de Loudima dans le Département de la Bouénza, Premier Secrétaire de l’UPADS (Union panafricaine pour la démocratie sociale), le chef de l’opposition du pouvoir a estimé, dans une conférence de presse animée le 26 décembre à Brazzaville, au siège de son parti, que les conditions d’un scrutin « propre » en mars 2021 n’étaient pas réunies et qu’il fallait procéder autrement… Eclairage.

C’est l’insaisissable Cyr Makosso (Zianatv), sur sa page Facebook, qui a le premier, ce jeudi 26 décembre, déclenché les hostilités sur les propositions de PTM (Pascal Tsaty-Mabiala), annoncées dans sa conférence de presse. Aussitôt une pluie de critiques, de philippiques même, s’est abattue sur le Premier Secrétaire du parti de Pascal Lissouba. « Complicité ! » ; « Duplicité ! » ; « Dualité ! » ; « Pathétique ! », etc. De quoi s’agit-il ? « A la vérité, il ne peut y avoir d’élections crédibles dans les douze mois à venir en l’absence d’un corps électoral fiable résultant d’une refonte du fichier électoral actuel. S’y ajoutent l’introduction de la biométrie, la restructuration de la Commission nationale électorale indépendante (CNEI), le découpage électoral, l’application des décisions découlant de la concertation de Ouesso, notamment le plafonnement des frais de campagne électorale », avance Pascal Tsaty-Mabiala dans la vidéo que Zianatv a diffusée. Et de se demander : « Un compromis politique résultant d’un dialogue entre les forces vives de la nation, entériné par les institutions de régulation des pouvoirs publics, ne pourrait-il pas être envisagé ? »  

Si la proposition de Pascal Tsaty-Mabiala s’inscrit, comme il l’a annoncé, « dans une dynamique de paix, d’unité, de démocratie et de progrès pour le Congo », la démarche, elle, en revanche, relève du bon sens. Le nier, c’est faire preuve de cécité politique assez cétacée. Aussi bien sur le fond que sur la forme, l’opposant du pouvoir a eu un propos structuré. Il a diagnostiqué, il a analysé, il a prescrit. Le souligner n’est pas adhérer à sa politique, non. Le dire, c’est être honnête intellectuellement. La réalité politique ne saurait être un perpétuel affrontement manichéen. Quand bien même elle l’eût été, des ténèbres jaillit parfois la lumière. Ce que Tsaty-Mabiala n’avait pas entrevu avant 2016, parce que sa « dualité » avait altéré son jugement, il l’a rattrapé ce 26 décembre à Brazzaville. A quoi bon aller aux élections dans un pays en faillite ? L’ancien ministre de la Défense de Pascal Lissouba sait bien qu’en acceptant d’être nommé « Chef de l’opposition » par le pouvoir, il devenait complice de ce pouvoir, et donc comptable de la mauvaise gouvernance, de la voracité du système Sassou. D’une manière ou d’une autre, il se devait de réagir.

Certes, pour Voltaire, le bon sens vit entre « la stupidité et l’esprit » ! Mais on ne peut reprocher au chef de file de l’opposition du pouvoir d’avoir osé, fait preuve de pragmatisme. « On ne gouverne pas les hommes en fonction de la réalité, mais en fonction des images que la société s’en fait », écrit Régis Debray dans Loués soient nos Seigneurs. Quelle est l’image que les Congolais se font des élections à venir ? « Mauvaise ! » « Inutile ! » « Magouille ! » Pourquoi donc aller aux élections dont on sait d’avance le vainqueur ? Les contentieux de 2016 ne sont pas encore réglés ; le rapport de force balance en faveur de l’homme du 05 février 1979. Lui vivant, difficile de le renverser. C’est plutôt lui qui renverse les autres. Aucun opposant ne dispose du mode d’emploi qui permette de « désassouïser » le Congo. De deux choses l’une : soit on va aux élections avec la garantie de perdre et ça serait une contradiction criarde dans la mesure où on les aura étrillées, ces élections ; soit on est réaliste et on n’y va, approuvant la proposition de Tsaty-Mabiala.

Pour une fois, on peut donner du crédit à la parole de Pascal Tsaty-Mabiala : sa sortie s’apparente sinon à une expiation, du moins à un début de correction. Toutefois, et c’est une question légitime, on peut se demander si la proposition de prolonger les mandats actuels ne vient pas de Sassou lui-même, pour s’appuyer sur l’opposition et ainsi donner un contenu à son « monologue national inclusif » en chantier. D’autant que l’annonce a été faite la veille de l’ouverture du Congrès de la secte PCT. Hasard de calendrier ou simple coïncidence ?

2019 n’est pas 1997

En tout état de cause, Pascal Tsaty-Mabiala met en difficulté Denis Sassou-Nguesso. La revanche du manipulé sur le manipulateur ? « Il y a fort à parier que Sassou est derrière tout ça. Mais ça peut se retourner contre lui. Comment va-t-il en effet réagir à cette proposition qui ne vient pas de la secte PCT mais de « son » opposition ? Va-t-il envoyer ses ouailles sur le plateau de sa chaîne Télécongo, abonder dans le sens de Tsaty-Mabiala ? On attend avec impatience les réponses de Sassou », commente un député de l’opposition sous couvert d’anonymat.

Il est permis de préjuger la réponse de Sassou : elle ne sera pas négative. Isolé sur la scène internationale, moqué, contesté dans son propre camp, il n’a pas d’autre choix que d’opter pour cette solution qui émane de son opposition. Accepter que son mandat soit prolongé (d’un an au moins) et prendre à témoin la Communauté internationale qu’il ne se représentera pas à la prochaine élection présidentielle, voilà une porte de sortie indéniable. Cette attitude le grandirait, lui qui reste éminemment « petit » en tout et pour tout. Mais beaucoup ne croient pas à cette sortie digne. « C’est mal connaître Sassou. Lui vivant, il ne renoncera pas au pouvoir, il ne rêve que d’honneurs – quitte à les acheter et c’est ce qu’il fait avec brio d’ailleurs », assène un ancien ministre.

Au moment où Pascal Tsaty-Mabiala animait sa conférence de presse, un autre ancien ministre de Pascal Lissouba, lui aussi de l’opposition du pouvoir, Christophe Moukouéké, s’expliquait devant la presse, comme pour concurrencer son collègue. « Le dialogue politique national inclusif constitue la seule et bonne stratégie pour sortir pacifiquement et durablement le Congo de la crise actuelle. Il est de ce fait, à la fois une ardente obligation et une urgence absolue », a-t-il souligné, selon l’article de Vox-Congo. Toujours selon ce site, le collectif des partis de l’opposition a rappelé que « le président de la République (avait) l’impérieux devoir de ne pas dupliquer les monologues de Brazzaville en 2009, d’Ewo en 2011, de Dolisie en 2013, de Sibiti en 2015, de Ouésso en 2017 qui n’ont réglé aucun des maux qui minent le Congo ».

C’est dire que l’on ne tire pas des leçons du passé. L’histoire étant le domaine du devenir, les mêmes causes ne produisent toujours pas les mêmes effets. La situation politique de 1997, que convoquent certains opposants, n’est pas celle de 2019. Obsédé, en manque de claquements de portières et d’honneurs, le docteur Honoris Causa  Sassou avait prévu son retour par tous les moyens. Evidemment, le souhait de Lissouba de se faire prolonger son mandat fut le splendide prétexte du bain de sang, ponctué par l’ignominie des Disparus du Beach. En 2019, c’est lui qui a les armes ; c’est encore lui qui a fait le vide autour de lui. Mais il n’est demandeur de rien, diront ses ouailles, tout en sachant qu’il n’a pas les moyens d’organiser une élection « propre » en 2021. Va-t-il refuser l’offre de ses opposants, teintée de bon sens ?

Quelques jours plus tôt, c’est un autre opposant du pouvoir, farceur devant l’éternel, Guy-Brice Parfait Kolélas, qui vomissait ses états d’âme. Il ressassait qu’il était prêt à soutenir Sassou « s’il change », sans préciser la nature du changement espéré. A quoi Kolélas a-t-il fait allusion ? Son ellipse politique peut être décortiquée comme un appel lancé à Sassou à leur donner des garanties sur sa non-candidature… en 2023. C’était donc un prélude à l’annonce de Pascal Tsaty-Mabiala. Chiche !

Bedel Baouna    

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