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Congo-B-Livre : Belinda Ayessa dans le rôle de la Première Dame

Publié le Vendredi 7 Août 2020
Congo-B-Livre : Belinda Ayessa dans le rôle de la Première Dame

La métisse (par la peau et non par le sang) la plus populaire du Congo et par ailleurs Directrice du Mémorial (inutile) Savorgnan de Brazza, Belinda Ayessa, a inspiré un roman, On la surnommait Madame de Pompadour. Une jubilation littéraire.

Hier comme aujourd’hui, les femmes ambitieuses, proches du pouvoir, aiguisent les curiosités. Belinda Ayessa en fait partie. Une doctorante congolaise en Lettres modernes, basée en France, Florence L., a eu en effet le temps de s’intéresser à elle pour pondre son livre. Le roman ne paraîtra qu’en 202 ! Mais ces 286 pages sont, d’ores et déjà, une mécanique du beau. L'incipit est tout simplement une alacrité d’écriture. « Contre toute attente, Linda Ayes renonça à ses activités du jour qui lui semblèrent soudain facultatives. Elle ne bougerait pas de chez elle, d’autant que c’était son anniversaire… Allait-elle le fêter en famille ou avec ses amis ? Elle répondit à sa propre question par un « non » ferme… (...) Elle se réveilla tôt le matin, fit sa toilette et s’installa sur son balcon du premier étage de sa superbe villa de Mpila, un quartier de Brazzaville. La caméra de ses yeux se braqua sur une grande fenêtre de la maison d’en face, ou plutôt du Palais du roi, à l’affût d’une ombre, d’un signe de la main… Tous ses téléphones étaient éteints. Tous ses téléphones ? Non ! Il restait un mobile flambant neuf, qu’elle ne quittait jamais. C’est avec ce numéro qu’elle communiquait avec le Roi Desas, quand celui-ci prenait la peine de lui envoyer un mot ou deux. La Première Dame, la vraie, se trouvait à l’étranger, aussi Linda Ayes espérait-elle la visite-surprise du Roi Desas.» L’attente dure de 7h du matin à 22h. Le Roi Desas n'a manifesté aucun signe de vie. Pas même un mot pour son anniversaire.

La narration, bientôt, bascule dans l’enchâssement. Deux amies de Linda Ayes prennent le relai ; ce sont elles qui rapportent ses envies, actions et ambitions dévoreuses. « Sa vie est romanesque, c’est sans doute une maîtresse platonique qui désespère de ce statut. Elle attend d’être la réelle Première Dame, aussi se métamorphose-t-elle plus qu’elle ne se renouvelle. Le côté tragique de cette femme, c’est qu’elle ne sait pas ce qu’elle veut. Ou plutôt elle ne peut aller au bout de ses rêves de gloire ou d’amour, oubliant que  « seule la vie réelle révèle ce que cache le mot "fin" des contes de fées ». Ses tentatives de symétrie avec la vraie Première Dame sont vaines, car elle échoue dans l’asymétrie, tellement aveuglée par ses passions qui l’empêchent de voir clair », explique Florence L., l’auteure du roman. Ce faisant, elle procède par juxtapositions, comme pour montrer que chez Linda Ayes, et donc chez Belinda Ayessa, rien n’est subordonné. Si le but inavoué est de devenir une vraie Première Dame, toutes ses activités en revanche sont indépendantes les unes des autres. Un style incisif ; une maîtrise parfaite de la construction.

L’arrivisme porté à son paroxysme

De quoi s’agit-il ? Une femme de 45 ans dirige un musée à Brazzaville. Mais son rêve le plus absolu est de devenir Première Dame. Comment conquérir définitivement le cœur du Roi Desas ? Elle a son petit secret : elle épluche toutes les femmes de jeunesse de la vraie Première Dame et tente de lui ressembler, notamment dans la manière de se coiffer. Mais l’exercice s’avère délicat et cela la met dans tous ses états. Avide des sommets, elle organise dans son musée des conférences, tantôt sur la lutte contre les faux-médicaments, tantôt sur la lutte contre la Drépanocytose, pour concurrencer la réelle Première Dame. L’intrigue : elle commande dans la presse des articles qui abîment l’image de celle qu’elle considère comme sa rivale jusqu’au jour où cette dernière découvre son manège. Dépitée, l’envie lui prend d’avaler un sceau de peinture, avant finalement d’y renoncer. Et de continuer à lutter…

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Le parallèle entre le personnage réel et le personnage fictif est réussi. Que ne fait-elle pas pour exister ? Fin juillet, Belinda Ayessa a offert quelques ordinateurs au Séminaire de Kinsoundi. « Elle est arrivée dans une limousine en majesté, elle arborait un pagne à l’effigie de Sassou. Je me suis demandé si ce n’était pas elle la véritable Première Dame », ironise quelqu’un qui a vécu la scène de l’intérieur. Et de conclure : « Je crois tout simplement qu’avec cette femme factice, l’arrivisme est porté à son paroxysme. » Puis, le 30 juillet, elle passée sur Télécongo, en historienne. En fait, lors de la 17e session ordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement, Denis Sassou Nguesso a été nommé président de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC). Et qui a eu la primeur du commentaire sur Télécongo ? Belinda Ayessa. Le Congo manque-t-il à ce point d’historiens ou de politologues pour céder la place à une bricoleuse ? « Cet éparpillement s’explique par son inaccomplissement, en tout cas c’est une femme inaboutie, dépourvue de construction intellectuelle. Du coup, elle embrasse l’humanitaire, l’histoire, l’analyse politique, etc », assène un écrivain congolais.

Dans On la surnommait Madame de Pompadour, ce côté arriviste est mis en exergue avec des scènes époustouflantes. Et, à y regarder de plus près, Linda Ayes est l’incarnation de Madame de Pompadour dans cette belle fiction. De son vrai nom Jeanne-Antoinette Poisson, madame de Pompadour est introduite à la cour du roi grâce à ses relations, à l’image de Linda Ayes dont le père est proche du pouvoir. Bientôt elle attire l’attention du roi Louis XV, devenant sa maîtresse-en-titre pendant cinq ans. Supplantée, elle reste néanmoins influente et conseillère du roi. Le Palais de L’Elysée lui est offert, comme la villa de Mpila dans le roman. La marquise de Pompadour tout comme Linda Ayes adorent les activités de l’esprit, aussi encouragent-elles les activités culturelles.

Un roman à ne pas louper ! Nous y reviendrons...

Bedel Baouna

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