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Congo-B-Littérature : Ferréol Gassackys publie « Frikia, pèlerin des âges »

Publié le Samedi 13 Juin 2020
Congo-B-Littérature : Ferréol Gassackys publie « Frikia, pèlerin des âges »

Il aurait pu se contenter de son mandat de député de Poto-Poto, dans le 3ème arrondissement de Brazzaville. Il aurait pu se dire qu’après tout, être un élu de la République c’est déjà un début d’accomplissement de la vie… Que nenni ! Ferréol Gassackys ne s’y résout pas. Quelque chose lui manque. Mais quoi donc ? Les honneurs de la République ne lui suffisent-ils pas ? C’est que dans la vie, il n'y a pas que la politique. Il y a la passion, la vocation et, surtout, le cheminement. Non, la politique n’est pas une vocation ; c’est une mission. Une mission qui s'éteint par la seule volonté des mandants, du moins quand ils en ont le droit... L’écriture, elle, a fortiori quand elle est transitive, c’est-à-dire quand elle ne transcende pas la question de la langue, est à la fois passion et cheminement. C’est cela donc qu’il ne parvenait pas à déceler en lui, Ferréol Gassackys. Inharmonie réparée. Vide comblé. Alors, tel un archéologue à la recherche du passé, tel un géologue à l’étude du temps (la pierre, c'est le temps), Ferréol Gassackys écrit. Il écrit sur la quête de soi, laquelle quête de soi ne peut se réaliser que dans le temps. Si tant est que cela soit possible... « L’avenir est une porte, le passé en est la clé », écrivait Victor Hugo. Et c’est à dessein que l’homme de Poto-Poto met en exergue cette phrase dans le préambule. De l’avenir et du passé, en somme du temps, il est question dans son deuxième roman - après Les hasards du destin.

Le temps ! « Que se passerait- il si du jour au lendemain les êtres humains cessaient de mourir ? L’immortalité a été de tout temps une aspiration de l’homme. Et si ce rêve devenait réalité, qu’adviendrait-il ? (…) Depuis l’aube des temps premiers, l’espèce humaine aspire à la vie éternelle ou à une jeunesse sans date de péremption, l’attrait de l’immortalité tient-il au caractère limitatif de son envers, la mortalité ? « Le divin, le terrible, l’incompréhensible, c’est de se savoir immortel”, écrit Jorge Luis Borges dans L’Immortel. Alexandre le Grand, est allé jusqu’en Inde nous dit-on, dans le but de trouver l’eau de l’immortalité », les Espagnols et Portugais se sont aventurés en Amérique au XVIe siècle, pas seulement en quête d’or, mais aussi dans le grand espoir de trouver « la source de l’éternelle jeunesse. (...) Frikia, notre personnage principal fait son apparition au premier siècle, 30 ans avant Jésus Christ, tel une météorite, alors que l'Égypte passe sous domination romaine et après la mort de Cléopâtre VII, qui annonce aussi la fin de la dynastie des Ptolémée.»

Frikia est esthète. Seule la beauté, la vraie BEAUTE, l’intéresse. Le reste n’est que littérature. Dostoïevski, le grand Féodor, ne dit-il pas que seule la beauté sauvera le monde ? Il n’a que 30 ans quand il s’aperçoit qu’il est immortel. Et que devinez-vous qu’il en fasse ? Rationnel, il entreprend un long voyage à travers les siècles, à la recherche de la vérité. Ah !... La vérité. Il y a du Camus dans sa démarche : « Une seule chose me paraît plus noble que la justice, c’est sinon la vérité, du moins l’effort vers la vérité. » Cette vérité, Frikia la cherche et se persuade de la trouver, de la découvrir auprès de ceux et celles qui ont marqué l’histoire de leurs empreintes. Il discute, il questionne les grands de l’histoire, la grande Histoire, de Cléopâtre à Obama en passant par la Kahena, Chaka Zulu, Isaac Newton, Louis IX, Mozart ou Mandela, etc. Son ambition : se faire sa propre idée sur le monde.

Mais y parvient-il ? Le savoir est une chose ; la connaissance en est une autre. Frikia sait des choses. Mais après ses voyages, les connaît-il ? Ferréol Gassackys réussit à nous donner à voir un Frikia qui est à la fois Ulysse et Protée : de la même façon qu'il traverse les épreuves, de la même façon qu’il se renouvelle. En fait, il tente de « devenir » au sens de Goethe. Qu'est-ce que cela veut dire ? La capacité de se renouveler ! Et non de se métamorphoser. Car se métamorphoser, même les dieux n’y peuvent pas.

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