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Congo-B-Littérature : « Dis à la nuit qu’elle cache son visage », le double appel

Publié le Lundi 6 Avril 2020
Congo-B-Littérature : « Dis à la nuit qu’elle cache son visage », le double appel

Sous la direction de Liss Kihindou (littéraire prolifique et protéiforme) et de Frédéric Ganga (animateur d’ateliers de poésie écrits/oraux, poète-écrivain public), quelque trente auteurs et écrivains congolais ont écrit chacun un poème en langue maternelle et traduit en français. Un voyage au Congo poétique en langues, éminemment interculturel.

S’il est un genre littéraire qui vit entre les langues, c’est sans aucun doute la poésie. La poésie, en effet, peut s’inventer, « s’écrire et résonner musicalement en diverses langues qui, mises en contact avec le sujet, le mettent en chemin de l’une à l’autre par le mouvement, l’énergie, la vibration poétique qui est elle-même matière de langues et de cultures ». « Dis à la nuit qu’elle cache son visage » (merci pour la catachrèse) répond à ce double appel langoureux de création et de vibration en langues congolaises. Il ne s’agit pas, au travers de cette anthologie multilingue, de ressusciter le permanent conflit entre identité individuelle et locale et appartenance à la société humaine globale. Non. Le français, pour le Congolais, n’est pas un choix ! C’est une donnée de son existence. Bon nombre de Congolais ont pour langue maternelle le français. Liss Kihindou fait d’ailleurs partie de ces sommités qui manient avec volupté le français et les langues congolaises, dès leur bas-âge. Pour preuve, elle a assuré avec aisance la traduction de quelques poèmes qui composent cette anthologie.

Il s’agit donc de créer en langue d’origine. De montrer que le Congolais, quel qu’il soit, ne vit pas dans une inexpugnable forteresse du moi. Et qu’il est loin d’être cet homme unidimensionnel dont « le mouvement de la pensée est arrêté par des barrières qui apparaissent comme des limites de la raison elle-même ». On ne peut concevoir l’universalité sans affirmation de particularité. Sinon, on serait dans la situation de cet étudiant moqué et raillé par Rabelais, cet étudiant qui, prétendant parler toutes les langues du monde, n’en parlait en fait aucune, faute d’avoir commencé par la sienne. En affirmant sa particularité, sans verser dans la perversion de l’amour-propre, on vit. Tout simplement.

A y regarder de plus près, cette anthologie est un écho à l’œuvre de Jacques Loubelo, disparu en septembre 2013. Dans son immense poésie, il dit et chante souvent en deux langues. Une façon pour « l’abstrait de prendre sa revanche sur le concret ». Non, le Congo que chantent Jacques Loubelo et les poètes de « Dis à la nuit qu’elle cache son visage », n’est pas un pays différencié. Tous les Congolais, quelles que soient leurs langues d’origine, ne font qu’un. Sans doute rétorquera-t-on que leur poséie est impénétrable ! Mais, comme le dit Wole Soyinka, la poésie « n’est pas faite pour être comprise, elle est faite pour être absorbée et sentie par tous les pores de la peau »    

L’anthologie multilingue que nous proposent les poètes congolais, renvoie à une sublime altérité où « Je » devient « Autre » ; un autre lui-même, en  quête de son hybridation. Ces poètes congolais ont « dit » et leur dire n’est pas intransitif. On créant dans leur langue d’origine, on convoque une certaine oralité, amie du dire. Ne dit-on pas que l’oralité et la poésie ont des liens étroits ? Leur interaction vous catapulte à la crête de la création littéraire. 

Ngonda ya bikidi, ntangu yi fweni/Bwishi butsiele kâ ntsatu muendo pele(C’est la nouvelle Lune, l’heure a sonné/Paraît le jour, mais aucune envie de me lever), dit Olmiche Bantsimba dans Kamika, le poème d’ouverture. Alfoncine Nyélénga Bouya, elle, parle d'un Amour de loin en koyo. Ecoutons : Nô t’osiga, nga t’osiga/Ewôo, obia moro/San’obââ lékia mb’ibo ? (Tu es loin, je suis loin/Très cher, ami humain/Comment faire ?).

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