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Congo-B : la guerre pour la Primature n’aura pas lieu

Publié le Lundi 26 Avril 2021
Congo-B : la guerre pour la Primature n’aura pas lieu

Réélu paraît-il avec 88,40% des suffrages exprimés, ayant prêté serment dans la foulée en présence de plusieurs autocrates africains, Denis Sassou Nguesso - violant une fois de plus sa propre Constitution - tarde à nommer un nouveau gouvernement, ce qui a le sublime don d’angoisser nombre de thuriféraires patentés. Mais, en coulisses, chacun avance ses pions, pourtant sans espoir. Pour eux, le temps semble s’arrêter, et ils le recherchent ce temps si particulier, cet autre temps qui n’existe plus. Ce faisant, ils se pressent dans la cour du roi Sassou, un fauve certes édenté mais dont la testostérone politique reste puissante. Ils sont donc nombreux ceux qui, tels des vautours aveugles, veulent jouir de ses miettes.

Nommer un premier ministre pour Sassou n’est pas tâche aisée. Il doit tenir compte des avis des écuries, celles de son épouse Antoinette Sassou, de ses enfants Kiki et Coco, du fossoyeur des Grands Travaux Jean Jacques Bouya, du colonel Edgard Nguesso, etc. Un premier ministre au Congo doit être malléable, et donc manipulable. Compatible avec toutes les écuries. Dans un pays où il n’existe pas d’hommes politiques au sens étroit du terme, il ne saurait en être autrement. Car au Congo on est moins dans la construction, le rapport de forces que dans le symbole, comme dans la Grèce antique où, pour valider un serment, on recollait les fragments de poterie ou de pièces de monnaie. Le Symbolon, s’exclamaient-ils. « La symbolique répond aux défaillances de la représentation », écrit Lucien Sfez dans La politique symbolique. (…) Images enchantées. Qu’elles soient attirantes ou repoussantes. Elles ont toutes un même effet : recoller les morceaux pour en faire une totalité. Un gouvernement au Congo prétend à la force de « l’image enchantée » : rassembler fallacieusement les représentants de toutes les régions même s’ils brillent par la légèreté. Tout ce monde, entassé dans une même pirogue de cupidité, a un chef. Et Chacun veut devenir ce chef-là. Mais Sassou traîne les pieds. Chacun des prétendants, sans doute, ne faisant pas l'unanimité au sein du clan régnant. Conséquence : ils ont renoncé à se battre : ils préfèrent attendre. Ils se contentent de passer des coups de fil.   

Que valent les prétendants à la Primature ?

Parmi eux, il y a Clément Mouamba, l’actuel premier ministre. Il incarne la fragilité. Est-il réellement premier ministre ? Les historiens y répondront. En attendant la réponse des historiens qui ne viendra peut-être pas, lui voudrait rempiler, car ses réformes, estime-t-il, sont inabouties. Des réformes qui, en réalité, n’existent que dans sa tête. Ou qui ne brillent qu’à travers le yombo dont il se teinte les cheveux. Alors, aux dernières nouvelles, il serait en pôle position pour être reconduit dans La Marche funèbre (Chopin) du Congo, avec les accords du grave aussi réguliers que les claquements de portières dont il raffole...

Il y a Anatole Colinet Makosso, ministre de l’Enseignement primaire et secondaire. Durant la campagne présidentielle écoulée, il a mouillé le maillot. Disposant du don d’ubiquité, il était partout au même moment. Une fois la magouille du lion Sassou avalisée, l’homme aux cheveux blancs - contrairement à Clément Mouamba, lui, ne recourt pas au yombo -, a multiplié les appels du pied. Symbole de l’argument à priori et de l’abstraction, il met une telle autorité dans ses formules qu’on le croirait détenteur de la Vérité. Champion toutes catégories de l’analyse biaisée. « Trois paramètres permettent de comprendre l’élection de Denis Sassou N’Guesso à ce score illustratif de la foi d’un peuple en un Homme. D’abord, le charisme de l’Homme qui a réussi à faire l’unanimité autour de sa personne et de sa gouvernance. Il y a eu comme un consensus national sur la nécessité de poursuivre la marche vers le développement avec celui qui incarne à lui tout seul, la sérénité, la paix, la sagesse, la concorde et l’expérience. Ce consensus a été observé dans tous les départements. Au travers de ce vote, le peuple a voulu donner une réponse sociologique, psychologique et politique à tous ceux qui voulaient bâtir leur communication tendancieuse sur la longévité au pouvoir », dit-il dans son interview du 05 avril parue dans Les Dépêches de Brazzaville. En matière de flatterie, on ne peut mieux faire. Cependant, comme le soulignait Jules Renard, Anatole Colinet Makosso sait «… placer des éloges comme on place son argent, afin qu’ils nous soient rendus avec des intérêts… » Du reste, il bénéficierait du soutien des « Sages du Kouilou », devant lesquels Sassou aurait promis le poste de premier ministre à l’un des leurs. C’est oublier que Sassou ne tient jamais parole…

Il y a Claude Alphonsine Nsilou, ministre d’Etat depuis des années, mais un homme non-numérisé. Il est quasiment inconnu du grand public. Ses apparitions dans les médias sont rares : il ne veut surtout pas dépenser 10 francs CFA pour sa communication. Pingre, ceux qui le côtoient rapportent qu’il s’étrangle en offrant une bouteille d’eau à ses visiteurs. Néanmoins, Sassou aurait bien pu le nommer à la Primature, juste pour calmer ceux des extrémistes Laris, les adeptes de Bula Mananga, les supporters des Diables Noirs et de Cara, orphelins de Guy-Brice Parfait Kolelas… A l'image de ses collègues ministres, il ne pourra pas se targuer d'un quelconque bilan. A l'image de ses collègues ministres, il est comptable du chaos congolais. De ce fait, et cela est valable pour tous les prétendants, il ne devrait pas devenir premier ministre. 

Il y a Claudine Munari, une farceuse notoire. Aucune conviction politique, si ce n’est qu’elle sait se trouver au bon endroit, au bon moment. Championne de la dualité, chez elle c’est un pied chez Sassou ; un autre, à l’opposition. Durant sa présidence à l’IDC-Frocad, elle n'a pris aucune initiative digne de ce nom. Toutefois, sa présence à la Primature retentirait comme une révolution, à fortiori dans un pays où la femme est inexistante à de hautes fonctions. Et, aux dernières nouvelles, Claudine Munari serait dans les starting-blocks... et pressée de faire la passation des pouvoirs avec Clément Mouamba. L’atout-charme du gouvernement actuel, Ingrid Ebouka-Babackas, ne doit pas cela d'un bon oeil.

Beaucoup d’autres encore s’impatientent : Raymond Mboulou, Firmin Ayessa et, surtout, Pierre Mabiala. Hélas ! Ils ont été, selon nos sources, disqualifiés. Pour les consoler, ils pourraient rester au gouvernement. Mais pourquoi faire ?

A y regarder de plus près, tous ces gens n’ont pas le sens du noble verbe « S’engager ». Le Congo a été plombé parce que pour les dirigeants, « S’engager, c’est se mettre en location ». « Prêter son nom ou son autorité ». « Signer ici plutôt que là ». Pour tout dire, au Congo, « s’engager », c’est devenir « l’esclave » d’un homme-dictateur. Or ce verbe recèle une véritable philosophie du comportement. C'est une invite à la constance, à la patience, à l'action désintéressée, etc. Car « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. » (Taciturne). Le jour où certains, au Congo, comprendront que l'on ne récolte pas toujours ce que l'on sème, que l'on peut rester dans l'opposition tant que l'on n'a pas vu ce pour quoi l'on s'est battu, à savoir la fin de cette dictature féroce au Congo, on pourra commencer à parler de vrais hommes politiques.

Bedel Baouna

 

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