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Congo-B : Guy-Romain Kinfoussia, 80 ans et toujours aussi agité

Publié le Jeudi 11 Février 2021
Congo-B : Guy-Romain Kinfoussia, 80 ans et toujours aussi agité

L’ancien président de l'UDR-Mwinda - le parti de feu André Milongo -, Guy-Romain Kinfoussia, s’est découvert une passion pour Sassou, envers qui il multiplie les métaphores mais aussi les redondances... et les éloges. Conséquence : il a été exclu du parti, ayant été qualifié « d’imposteur », d’incapable à « respecter ses engagements politiques », d’opportuniste démesuré,  par ses anciens camarades, dans un communiqué du 28 janvier 2021. 

Le 31 octobre 2020 à Brazzaville, à l’approche de la Concertation de Madingou, l’ex-président de l’UDR-Mwinda (Union pour la République et la démocratie), Guy Romain Kinfoussia, prenait la parole pour faire éclater son art de la métaphore mais aussi de la redondance, dans un exercice de style pour le moins flatteur. « Garant de la sécurité sanitaire et socio-économique des citoyens, soucieux d’éviter l’accusation d’attentisme ou de complaisance envers les intérêts égoïstes de ceux qui ne tiennent pas compte des attentes du peuple et nuisent à la bonne marche de la nation, le président de la République a clairement fixé le cap d’une nouvelle approche tournant le dos aux dialogues et concertations politiques antérieurs », déclarait-il. Et de sombrer dans la surenchère : « Le président de la République connaît les forces et les faiblesses de son équipage dont il peut renforcer les capacités à tout moment, en faisant appel à des hommes et des femmes patriotes de bonne volonté, issus de toute la République, prêts à mettre leurs talents multiformes au service de la cause commune, dans le respect des règles de fonctionnement. »

«Cap» ! Sassou a-t-il déjà fixé une direction pour le Congo ? Certainement ! Mais pas dans le bon sens... « Dialogue de bonne intelligence », comme s’il existait de mauvaise intelligence ! Une redondance foireuse. « Equipage » qui « peut être renforcé à tout moment », comme si Sassou pouvait s’entourer un jour des gens qu’il ne manipule pas, c’est-à-dire dont il n’a pas la maîtrise. Non, la métaphore « équipage » ne passe pas. A moins que Guy Romain Kinfoussia ait perdu la raison, ce qui semble être le cas. Car c’est faire preuve de cécité assez cétacée, à la fois politique et intellectuelle, que de croire que dans le navire Congo, Sassou puisse avoir un « équipage » digne de ce nom, un équipage prêt à lui rappeler la mauvaise direction que prend le navire. Oui, Sassou est « seul maître à bord », et c’est là où Kinfoussia se contredit, puisqu’il le rappelle. Seul maître à bord signifie sans adjoint ni conseiller. Le signifiant de l'autoritarisme n'est pas loin. A quoi bon donc parler « d’équipage » ? Sans aucun doute par simple effet de manche.

Brailler dans l’excitation de ses métaphores que le dialogue « de bonne intelligence » constitue la « seule voie par excellence pour enjamber la situation d’incertitudes et garantir dans la paix l’avenir radieux de notre pays réconcilié en vue d’installer durablement le vivre-ensemble », dénote un désespoir épais, presqu’inquiétant. Comment le dialogue que prône Guy Romain Kinfoussia peut-il résoudre, tel un deus ex machina ou par un claquement des doigts, le manque d’eau, d’électricité, les pensions, salaires et bourses impayés ? Comment résorber le chômage des jeunes sans perspectives ? Des générations entières ont été sacrifiées, et Kinfoussia ose résoudre les maux congolais par un "dialogue de bonne intelligence" ! On reste sans voix. Ebahi. 

«L’élection présidentielle de mars 2021 pourrait être une solution à la crise qui plombe le Congo, si elle est suivie de l’organisation du Dialogue de Bonne Intelligence par le Président de la République », a dit Guy Romain Kinfoussia. Sérieux ? Comment expliquer ce virage à 360° ? Soit il espère un strapontin ministériel, soit il se voit en président de ce truc qui le ridiculise, son dialogue de bonne intelligence.

Parler du « vivre-ensemble en paix » - une autre redondance foireuse -, c’est légitimer l’argument dont se sert Sassou au quotidien, celui de la paix. Mais contre qui le Congo était-il en guerre ? Certainement, dans la tête de Kinfoussia, contre la région du Pool. Une escroquerie politique et intellectuelle quand on sait la vérité sur les troubles qui ont souvent lieu dans cette région meurtrie. Kinfoussia lui-même aussi le sait. « Vivre-ensemble en paix » ! C’est le concept qu’emploient les voix rauques et malplaisantes, incapables de manier l’imparfait du subjonctif, préférant les métaphores inappropriées. Une telle attitude jaillit forcément de l’encéphalogramme plat. A défaut de créer un véritable rapport de forces avec le destructeur du Congo, Sassou, on convoque des concepts fallacieux et redondants, loin de cette figure de construction qu’est le pléonasme.  

Toutefois, Guy Romain Kinfoussia ne détonne pas dans le sérail. Il est à l’image de la pléthore de thuriféraires congolais. Flatter Sassou, comme si l’on était dans Les obsèques de la lionne de Jean de Lafontaine, constitue une manière de vivre. un sport national. Sauf que la flatterie a ceci de particulier qu’en chantant  à tue-tête, comme le fait Kinfoussia, les vertus d’un dictateur de la trempe de Sassou, on lui impose, « pour ainsi dire, l’obligation de les acquérir, ou du moins d’en prendre le masque ». Hélas ! Sassou est et restera le meilleur ennemi de la vertu. Jamais il n'en portera le masque ; jamais il ne combattra, par exemple, la corruption qui a abîmé l’image du Congo – un parrain de la mafia peut-il combattre les subordonnés qui lui apportent les « métaux » ?

L’agitation dont Guy Romain Kinfoussia devient le professionnel, à 80 ans, n’a pour finalité que de noyer le poisson de sa vacuité politique. La postérité se souviendra de lui comme d'un homme vierge de tout acte politique, un homme unidimensionnel dont « le mouvement de la pensée est arrêté par des barrières qui apparaissent comme des limites de la raison elle-même ». Il ne suffit pas d’avoir épousé une démarche philosophique qui relève de l’incommunicabilité de l’essence même de l’expérience vécue pour « répandre les vérités acquises », si toutefois il a été capable de s’en approcher.

Bedel Baouna

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