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Congo-B-Frédéric Bintsamou alias Ntumi : son « nom est Personne »

Publié le Dimanche 5 Mai 2019
Congo-B-Frédéric Bintsamou alias Ntumi : son « nom est Personne »

La semaine écoulée, le pouvoir de Brazzaville a signifié son amour indéfectible à Frédéric Bintsamou alias Ntumi, par la levée de l’interdiction dont était l’objet son parti. Evénement ou non-évènement ?

On retiendra la trame de Mon nom est Personne, un western de Tonino Valerii de 1973. Jack Beauregard (Henry Fonda), au crépuscule de sa vie héroïque, souhaite vivre ses derniers jours en Europe. Mais avant de s’en aller, il doit venger la mort de son frère, exploitant minier. C’est alors qu’il fait la rencontre de « Personne » (Terence Hill) qui, en admirateur, lui rappelle ses exploits passés.

Frédéric Bintsamou alias Ntumi, ressemble à s’y méprendre, à ce jeune aventurier, « Personne », qui souhaite que le vieil héros combatte encore. Ce faisant, le pasteur se donne les moyens de ses rêves nauséabonds... La semaine écoulée, son pseudo-parti, ou son parti fantôme, le Conseil national des républicains (CNR), a été autorisé à reprendre ses activités toxiques sur le territoire congolais. Pour rappel, le CNR avait été suspendu au lendemain de la reprise des affrontements dans le Pool (sud pays) en avril 2016. Lesquels affrontements avaient été concertés entre le vieil « héros » et l’admirateur. Entre le savant Frankenstein et son monstre.

Cerise sur le gâteau, cette levée d’interdiction lui a été notifiée par le ministre-gangster de l’Intérieur lui-même, Raymond Zephyrin Mboulou, comme pour donner un semblant de solennité à cet oratorio. « C’est une décision de nature à renforcer la paix dans le Pool, une paix acquise grâce aux accords signés entre le gouvernement et le Pasteur Ntumi en décembre 2017 », a expliqué un responsable de la Commission chargée de l’application de ces accords.

Au passage, il faut souligner ici le comique de situation : le ministre de l’Intérieur régente la politique, c’est lui qui choisit les spectateurs politiques de la scène. Sur Télécongo, l’on est resté sans voix face aux partis du centre que Mboulou a sermonnés, parce qu’ils ne parviennent pas à désigner leur représentant à la Commission nationale électorale. Pathétique ! 

Le sparadrap du Capitaine Haddock ( ?)

Chez Ntumi et son entourage, ça se passe autrement. Il faut, absolument, montrer que lui, Ntumi, conserve une once de personnalité. Alors son parti-fantôme a accueilli la décision de levée d’interdiction avec réserve. « La décision est bonne certes, mais le souhait serait, comme l’exige le droit, de lever la suspension par un arrêté ministériel et non par une simple correspondance », a indiqué à RFI un proche du Pasteur Ntumi qui a requis l’anonymat. Quelle farce !

De qui se moque-t-on ? Que représente le CNR de Ntumi dans l’opinion congolaise ? Rien ! Zéro mokaté ! Que Ntumi se présente à Kindamba, Mayama ou Oyo chez son maître, il ne peut gagner une élection, quelle qu’elle soit. Son parti se réduit à quelques naïfs qu’il manipule par deux ou trois versets bibliques. « Il n’est jamais sorti du Pool et de Brazzaville. Comment peut-on le qualifier « d’homme politique » ? Admirateur de son créateur, son nom est « Personne », c’est-à-dire sans histoire ni personnalité. Seul compte chez lui l’argent que lui envoie son maître», étrille un agent du Renseignement. Que son parti reprenne ses activités politiques ou pas, les Congolais n’en ont que faire. Ils ont d’autres urgences que de s’intéresser à un gangster immensément cupide.

ex materia et non ex nihilo, tel le monstre de Frankestein, Ntumi ne vit que pour donner à son créateur les arguments de Paix, à défaut d’avoir bâti le Congo. Cupide – il dissimule l’argent sous terre -, le pasteur ( ?) Ntumi assure pleinement son rôle, tant que l’argent coule à flot. Mais là où le bât blesse, c’est qu’il croit que Sassou va continuer à le soutenir jusqu’au bout. Il oublie que  l’homme du 05 février 1979 ou du 18 mars 1977 est son sparadrap du Capitaine Haddock : un ami qui ne lui veut pas finalement du bien. Si le dévoreur politique de Yombhi et Lissouba le tolère, c’est parce qu’il compte sur lui pour le seul projet de sa vie de dictateur : la Paix - à croire que le Congo est souvent en guerre contre ses voisins. Et quand le milicien sanguinaire de Soumouna ne servira plus à rien, Sassou le liquidera comme une eau usée.     

Sa posture d’homme de Dieu s’est révélée être une imposture. S’il lui était confié un rôle dans Une bible et un fusil (Rooster Cogburn), Ntumi eût incarné à merveille Eula Goodnight (Katharine Hepburn), une fille de pasteur, et Sassou eût été le Marshal Rooster Cogburn (John Wayne), un homme aux méthodes musclées et au caractère bourru. Voilà !

Julienne Oboura-Mbouala

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