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Congo-B-Érosions : quand Jean-Jacques Bouya convoquait Andromaque…

Publié le Jeudi 9 Janvier 2020
Congo-B-Érosions : quand Jean-Jacques Bouya convoquait Andromaque…

La Corniche de Brazzaville s’est effondrée comme un château de sable, ce jeudi 09 janvier au matin, des suites d’une pluie torrentielle. Le jour de son inauguration, le 15 juin 2018, le ministre des Grands Travaux Jean-Jacques avait, à maintes reprises, évoqué Andromaque, un personnage de la tragédie grecque. Décodage.

En présence de Denis Sassou N’Guesso et de ses ouailles, de l’ambassadeur de France au Congo d’alors, Bertrand Cochery, le ministre de l’Aménagement, de l’équipement du territoire et des grands travaux, Jean Jacques Bouya, avait salué la coopération « agissante » qui lie Paris et Brazzaville. « L’Etat français a accordé au Congo un financement en don de quatre-vingts millions d’euros, soit un peu plus de cinquante-deux milliards FCFA dans le cadre du contrat de désendettement et de développement (C2D) pour réaliser ce projet sous la supervision de l’Agence française de développement », selon le communiqué de presse publié par l’ambassade de France.

Mais le plus étonnant est qu’à plusieurs reprises, dans son discours, Jean-Jacques Bouya avait prononcé le nom « Andromaque ». A l’époque, beaucoup s’étaient triturés les méninges pour établir un quelconque lien entre ses « grands  travaux » et Andromaque, ce personnage repris par nombre de dramaturges classiques et modernes. D’Euripide à Jean Giraudoux, en passant par Sénèque et Racine, Andromaque, la veuve du général troyen Hector, conserve une même caractéristique : une pleureuse. Elle pleure non seulement son mari Hector, mais aussi pour les souffrances qu’elle endure. Captive de Pyrrhus, elle en verra de toutes les couleurs, tant la férocité de ce dernier n’est plus à démontrer, que ce soit chez Sénèque ou Virgile. Même si Racine, dans sa pièce, s’est attelé à atténuer la cruauté de Pyrrhus, un cruel reste un cruel. Acte 1 ; scène 4 d’Andromaque de Racine : « Je passais jusqu’aux lieux où l’on garde mon fils. Puisqu’une fois le jour vous souffrez que je voie Le seul bien qui me reste et d’Hector et de Troie, J’allais, Seigneur, pleurer un moment avec lui : Je ne l’ai point encore embrassé d’aujourd’hui », pleure Andromaque. La réplique de Pyrrhus est cruelle : « Ah, Madame ! les Grecs, si j’en crois leurs alarmes, Vous donneront bientôt d’autres sujets de larmes. »

Transposition. Pyrrhus symbolise les mafieux qui dirigent le Congo et leur violence couplée à leur voracité ; Andromaque, elle, le Congo. Voilà qui est clair ! Andromaque que convoquait Jean-Jacques Bouya dans son discours d’inauguration de la corniche était donc une bonne allégorie du Congo ; toutes les larmes des Congolais sont représentées par les pleurs incessants d’Andromaque. Le Congo, un pays sous l’emprise des Pyrrhus en pagaille ; un pays qui pleure. Bravo Jean-Jacques Bouya de cette trouvaille ! Et, surtout, de votre message codé. Que dire d’autre ? La tragédie grecque est là, et c'est au Congo qu'elle triomphe à nouveau. Toutes les analyses, tous les commentaires et railleries sur les érosions dont le Congo est l’objet, n’ont plus de sens : Bouya avait tout dit.

Bedel Baouna       

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