Mikiliweb | Diasporas d'ici et d'ailleurs

RDC : en choisissant Ramazani, Kabila nargue la Communauté internationale

Publié le Mercredi 8 Août 2018
RDC : en choisissant Ramazani, Kabila nargue la Communauté internationale

Joseph Kabila a tenu tout un pays en haleine. Personne ne savait ce qu’il avait décidé sur son avenir politique, jusqu’à ce mercredi au moment où a été dévoilé le nom de celui qui portera les couleurs de la Majorité présidentielle aux élections de décembre prochain. S’il a tenu parole, il a toutefois nargué la Communauté internationale. Explications.

« Une victoire historique en RDC », salue Paris ; « une victoire pour le respect de la Constitution », s’exclame Eve Bazaiba, la Secrétaire générale du MLC, le parti de Jean-Pierre Bemba. Le président hors mandat, comme nous l’annoncions dans un article du 31 juillet, a jeté l’éponge. Cerné, isolé, sujet à de fortes pressions internationales, Joseph Kabila n’a eu d’autre choix que de désigner un dauphin, son ancien ministre de l’intérieur et numéro 2 du parti présidentiel (PPRD), Emmanuel Ramazani. En tournant le dos à un passage en force, Joseph Kabila a tenu parole : « La Constitution sera respectée », martelait-il. Est-ce pour autant qu’il a joué la carte de l’apaisement avec la Communauté internationale qui demandait une alternance pacifique à la tête de la République démocratique du Congo (RDC) ? Difficile de le croire ! Il garde la main sur le processus électoral à venir. Dans son discours devant le Congrès, le 19 juillet dernier, il avait prévenu que les élections en République Démocratique du Congo seraient une « affaire de souveraineté ». Donc pas de fonds étrangers pour les élections. Cette « souveraineté financière » lui donne les moyens de tout verrouiller et de… magouiller.   

Lire aussi : http://www.entrecongolais.com/rdc-cest-definitif-joseph-kabila-ne-sera-p...

Oui, Joseph Kabila reste près… du pouvoir. Il ne le quittera pas aussi facilement qu'on l'imagine. Autrement il l’aurait fait depuis 2016. D’aucuns estiment déjà que son dauphin, s’il est élu, ce qui est fort possible, Emmanuel Ramazani serait le Medvedev du Congo. Un scénario à la Russe : Poutine se faisant remplacer par Medvedev pour mieux revenir...     

Connu pour ses diatribes contre l’opposition et la société civile, Emmanuel Ramazani Shadary, 57 ans, n’a pas l’épaisseur d’un Augustin Matata Ponyo, un temps pressenti pour porter les couleurs du PPRD. Il est plus sécurocrate que politique. Son choix est d’autant plus étonnant qu’il est dans le viseur de l’Union européenne pour violences avérées et usage disproportionné de la force.

Un portrait peu flatteur

Le 29 mai 2017, l’UE prenait des sanctions à son encontre. Mais c’est l’ONG Human Rights Watch qui a dressé un portrait glacial du dauphin de Kabila : « En sa qualité de vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur et de la Sécurité depuis la fin du mois de décembre 2016, Ramazani Shadary est officiellement en charge des services de police et de sécurité et de la coordination du travail des gouverneurs provinciaux. À ce titre, il est en partie responsable de l’échec du gouvernement à faire cesser l’usage d’une force excessive par l’armée et la police dans la région du Kasaï et d’une tentative apparente pour dissimuler ou bloquer les enquêtes indépendantes sur plus de 42 fosses communes qui ont été récemment signalées. Il est aussi responsable des récentes arrestations d’activistes, de leaders et de partisans de l’opposition depuis qu’il est devenu ministre. Shadary a aussi une part de responsabilité dans la répression violente à l’encontre des membres du mouvement Bundu dia Mayala dans la province du Kongo Central et à Kinshasa en janvier et en février 2017, au cours de laquelle 20 personnes ont été tuées par les forces de sécurité, d’après les recherches de Human Rights Watch.

Étant l’un des principaux leaders du parti politique de Kabila, le PPRD, Shadary est aussi l’un des architectes du « glissement », à savoir de la prolongation de la présidence de Kabila au-delà de la limite des deux mandats permis par la Constitution. Il a fait de nombreuses déclarations en 2015 et en 2016 pour expliquer que les élections n’auraient pas lieu avant la fin de l’année 2016 et pour soutenir un référendum sur la constitution afin de permettre à Kabila de rester au pouvoir. »

Avec un tel passif, le propulser candidat à l’élection présidentielle constitue un pied-de-nez à la Communauté internationale. L’alternance en RDC, peut-être pas pour 2019.

Bedel Baouna

Catégorie
Photos
Cliquez sur les vignettes pour agrandir
Commentaires
Votre commentaire