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Congo-B-Crise du Pool : et si Sassou n’était pas concerné par l’accord de Kinkala ?

Publié le Mercredi 27 Décembre 2017
Congo-B-Crise du Pool : et si Sassou n’était pas concerné par l’accord de Kinkala ?

Alors que la Communauté internationale se félicite de l’accord conclu à Kinkala entre le gouvernement congolais et le représentant du pasteur Ntumi, les proches de Sassou, eux, hésitent à émettre le moindre son. Pour quelles raisons ? Analyse.

L’accord de Kinkala sur le « cessez-le-feu dans le Département du Pool déboussole tout observateur avisé. Etonnant de constater que l’accord a été conclu à huit clos… Etonnant de constater que l’accord a été signé sur du papier banal, sans entête… Etonnant de constater que le pouvoir a été  représenté par un simple Conseiller à la sécurité, François Ndé, et non par un membre éminent du gouvernement, alors même que le ministre de l’Intérieur Zéphyrin Mboulou était présent samedi à Kinkala. Que cache tout cet embrouillamini, ce point de vue externe comme on dit en littérature ?  Quoiqu'il en soit, cet accord a pris tout le monde de  court, y compris l'opposition congolaise, qui semble désarçonnée.

En poussant plus loin l’analyse, il semblerait que Sassou ne soit pas concerné par l‘accord de Kinkala. Les deux petits feuillets signés entre Ntondo et Nde, selon nos informations, auraient été concoctés par les officines de Mboulou, les expertes en flatterie. Elles ont ainsi mis Sassou devant le fait accompli. On connaît la suite. La machine médiatique s’est emballée ; les réseaux sociaux se sont enflammés ; la Communauté internationale s’en est félicitée.  Mais du côté du clan du pouvoir, de ceux qui sont « du pouvoir » et non « au pouvoir », c’est silence radio. Comme si les batteries des téléphones portables étaient épuisées. Toutefois, ce silence est cousu de fil blanc.

Le grand bluff

On sait Sassou irrespectueux des accords. On sait Sassou adepte du grand bluff. Vous avez beau signé des accords avec lui, même devant Jésus Crist, il vous trahira. Dans  la mesure où il n’entend pas libérer les prisonniers politiques, du moins pour l’instant, dans la mesure où il n‘entend pas faire accéder les ONG dans le Département du Pool pour qu’elles ne découvrent pas le chaos laissé par ses miliciens, dans la mesure où il n’entend pas s’asseoir en face de l’opposition pour un dialogue inclusif, l’accord de Kinkala le dessert. Car, dans la perspective de la décrispation politique, la Communauté internationale pourrait lui demander de libérer les prisonniers politiques. Tous les prisonniers politiques. Or, pour Sassou, Mokoko et Okombi, surtout, apparaissent comme des monnaies de change. Des trophées de guerre, qu’il n’est pas près de céder. Donc Sassou pourra toujours se targuer de n’avoir pas initié la mascarade de Kinkala, afin de conserver au frais ss trophées de guerre que sont Mokoko et Okombi.  

La question que l’on se pose alors est celle de savoir à qui profite l’accord de Kinkala, d’ores et déjà récusé par le pasteur Ntumi. Question d’autant plus importante que l’opposition, toute l’opposition, n’a pas encore réagi à cet accord immensément bâclé.

L’implicite de Guy-Brice Parfait Kolelas

Non, ni les membres de l’IDC-Frocad, ni ceux d’autres plateformes politiques de l‘opposition n’osent s’aventurer sur un terrain qu’ils estiment, à juste titre, miné. Une opposition démunie de sa principale arme. Le préalable – la libération sans conditions des prisonniers politiques - à toute sortie de crise, était en effet pour l’opposition un moyen de pression énorme, une façon de montrer que le régime de Brazzaville constitue une dictature au sens étroit du terme, dans la mesure où beaucoup croupissent en prison, soit pour avoir affronté Sassou à la mascarade présidentielle du 20 mars 2016, soit pour avoir soutenu un candidat.

Face à cette aporie manifeste que vit l’opposition congolaise, Guy-Brice Parfait Kolelas, le président de Yuki, est sorti de son silence. Sans le moindre soupçon d’hésitation. Enfin, presque. Puisque l’ancien ministre de Sassou, candidat lui aussi à la présidentielle de 2016, a réagi en deux temps. D’abord en se félicitant de l’accord du 23 décembre. Ensuite, en adressant un courrier au premier Ministre Clément Mouamba, dans lequel il lui demande d’élargir la Commission ad hoc à la classe politique, à la société civile et à la Communauté internationale.  

De toute évidence, Parfait Kolelas y a décelé une arnaque politique. Il s’est dit que tout ça manquait de sérieux, autrement l’accord aurait été signé par un membre du gouvernement, en présence des représentants de la Communauté internationale et tout ou partie de l’opposition congolaise. Rien de tel !

Implicitement, son courrier au premier Ministre soulève le manque de sérieux de l’accord de Kinkala. « Kolelas a compris la magouille, aussi a-t-il adressé un courrier non pas à Mboulou, mais à Mouamba, lequel non plus ne savait rien de cet accord. C’est une façon de mettre en difficulté le gouvernement qui ne pourra plus se défausser sur la banalité de l’accord de Kinkala. Bon coup politique de Kolelas », analyse un spécialiste français de la politique africaine. Le chanteur Kolelas deviendrait-il clairvoyant ?

Bedel Baouna    

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